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Témoignage de Sadi Özpolat, ancien prisonnier, sur les prisons de type F en Turquie (Juin 2002)

A L’OPINION PUBLIQUE DE NOTRE PAYS ET DU MONDE

LES PRISONS DE TYPE F C’EST L’ENTERREMENT VIVANT DES DETENUS SOUS LES YEUX DE TOUS DANS CES PRISONS, IL N’Y A NI DROIT, NI REGLE, NI LOI ; AUCUN BESOIN DES DETENUS N’EST RESPECTE, TOUT EST INTERDIT ; LA SEULE CHOSE QUI EST REGNE C’EST L’OPPRESSION...

Je m’appelle Sadi Özpolat. Entre le 19 décembre et le 27 mai, j’ai été détenu dans les tombes de type F pendant un an et demi : d’abord dans la tombe de type F d’Edirne et ensuite dans celle de Kandira. Un an et demi pendant lesquels je n’ai pas vu un seul visage de détenu. J’ai été l’un des représentants des détenus qui participaient à la résistance du jeûne de la mort entamé contre les prisons de type F. Jusqu’au 19 décembre, nous avions expliqué à l’opinion publique ce que signifiaient les tombes de type F, pourquoi nous y étions opposés, pourquoi nous devions détruire la politique des tombes de type F au prix de notre vie. Après l’opération du 19 décembre 2002, j’ai vécu dans des conditions d’isolement strictes. Je vais vous raconter la réalité des tombes de type F. Ces tombes sont une agression qui nous vise tous comme l’avait été le coup d’état du 12 septembre... A l’époque, des centaines de milliers de personnes avaient été torturées, arrêtées, condamnées à mort et exécutées ou assassinées en pleine rue, et aujourd’hui ce sont les tombes de type F qu’ils imposent...

LA REALITE DES TOMBES DE TYPE F

Pour comprendre ce que sont les prisons de type F, il est nécessaire d’en analyser leur logique. Dans ces prisons où règne un isolement absolu, il y a deux constantes, caractéristiques irremplaçables pour l’Etat. En tant qu’instrument de pression et de dissuasion, l’isolement a des conséquences néfastes sur la santé psychologique et physique du détenu. Bien qu’il tend à s’enrichir et à prendre diverses formes, le régime carcéral des prisons de type F vise la résignation et la dépersonnalisation du sujet. Deuxièmement, on tente de faire accepter aux détenus qu’ils ne jouissent d’aucun droit. L’arbitraire est omniprésent, même dans les questions les plus vitales. Vous ne pouvez pas dire ’c’est mon droit’. Les conditions pour réclamer vos droits vous sont ôtées. On vous force à vous taire même devant les mesures les plus arbitraires et les plus irrationnelles. En outre, ses mesures n’ont aucune base légale. C’est précisément ce que l’on veut atteindre par l’anéantissement des organisations de détenus. On veut émousser la volonté des révolutionnaires et en faire des individus incapables de défendre leurs propres droits. Si dans certains cas, les tortionnaires n’arrivent pas à leurs fins, c’est indiscutablement grâce à la résistance et à l’intransigeance des détenus. Dans les prisons de type F, les détenus révolutionnaires n’ont pas perdu espoir. L’espoir est leur plus grande force. Même les prisonniers de droit commun incarcérés dans les prisons de type F sont animés par cet espoir en la victoire et eux aussi, tentent de résister aux conditions dures qui règnent dans les prisons de type F. L’un des arguments démagogiques les plus usités pour légitimiser ce régime pénitentiaire, c’est celui de dire : ’les prisons sont devenues incontrôlables’. Avec l’ouverture des tombes de type F, on a tous vu que ce qu’ils appelaient le ’contrôle des prisons’, c’était la tentative de pousser les détenus révolutionnaires à renoncer à leur identité politique. Où comme nous disons souvent : ’évincer l’esprit et anéantir l’identité des détenus révolutionnaires". En effet, il n’y avait jamais eu de problème de ’contrôle’ au niveau de l’administration de la prison puisque les recensements des détenus et les fouilles de dortoirs se faisaient régulièrement et normalement. Il suffit de consulter leurs listes des présences et les inventaires des fouilles. Derrière cette démagogie, l’Etat a clairement cherché à confisquer les droits légaux et légitimes des détenus pour faire de ses établissements de véritables centres de torture physiques et psychologiques : une fois que toutes les activités politiques, sociales et culturelles, que les droits de la défense, les droits aux soins médicaux et les droits de visites seraient empêchées, les détenus seraient dépersonnalisés et ainsi rendus vulnérables. Le fonctionnement des prisons de type F vise cet objectif.

1 - Les cellules individuelles qui composent les prisons de type F sont des pièces de 2x4 m. Dans cet espace exigu, il faut aussi compter les sanitaires et la baignoire. Toujours dans le même espace : une armoire, une table, une chaise et un lit. Quand on imagine cette pièce avec toutes ses composantes, on peut aisément se rendre compte que la mobilité du détenu est extrêmement limitée... Les cellules de trois personnes sont relativement plus grandes que les cellules individuelles. Elles s’articulent sur deux étages. Malgré le fait qu’elles sont conçues pour accueillir trois personnes, il n’y a qu’une seule table. Il arrive que ces cellules soient occupées par moins de trois personnes. Cela dépend de l’administration. On est littéralement à sa merci. Il arrive que des détenus soient maintenus tous seuls dans des cellules pour trois personnes et ce, durant plusieurs mois. C’est assez souvent le cas : on parle de cellules pour trois mais en fait, elles sont réservées à un détenu. Les détenus regroupés par trois sont en outre menacés en permanence de se retrouver dans des cellules individuelles.

2 - Avec les prisons de type F, l’un des principaux droits, à savoir celui de s’organiser, a été violé et ce, pour faciliter l’installation de leur dispositif de répression. Jusqu’alors, l’organisation sous forme de vie communautaire permettait aux détenus de se défendre et de se protéger en cas d’assauts militaires. La collectivité permet aux détenus, d’organiser leurs activités politiques, sociales, culturelles et de contribuer à leur épanouissement. Le droit de s’organiser est un droit démocratique. Il est universel et légitime. La violation du droit de s’organiser est une violation pure et simple du droit de défendre, protéger et développer ses acquis, ses opinions, sa personnalité et son identité. Il s’agit d’une forme de répression fascisante. La violation du droit de s’organiser ne concerne pas uniquement les détenus. Le droit de s’organiser est en effet un droit inaliénable qui appartient à toutes les couches de la population. Quand ceux qui agissent en fonction des règles de la ’démocratie’ se retrouvent obligés d’aborder la problématique du droit de s’organiser, ce droit se retrouve désactivé par de nouveaux amendements. Les activités de l’organisation sont alors déclarées illégales et mises à épreuve. Souvent, on ne fait même pas appel aux lois : l’arbitraire suffit pour démanteler et neutraliser les organisations. Actuellement, dans les prisons de type F, le droit de s’organiser est empêché par l’isolement physique.

3 - L’autre point qui caractérise les prisons de type F est celui des mesures d’isolement et de confinement. L’isolement tend à plusieurs objectifs. Avant tout, ôter toute possibilité au détenu de se défendre en cas d’agression et de torture. C’est aussi maintenir une pression psychologique et faire du sujet une personne asociale. En limitant les visites aux seuls parents du "1er degré", visites qui ne sont qu’hebdomadaires et qui ne durent que trente minutes ou une heure, on vise l’aliénation du détenu face au peuple et la perte de ses sensibilités et de ses sentiments révolutionnaires.

4 - Les mesures répressives qui règnent dans les prisons de type F visent la création d’individus sans personnalité révolutionnaire, qui ne pensent et ne critiquent pas, qui ne contestent pas, qui ne se défendent pas et qui obéissent à tout "sans condition". C’est littéralement la mort du révolutionnaire. C’est un véritable massacre de masse. Dans la pratique, tout est arbitraire et il faut se soumettre sans se poser de questions. Par exemple, vous voulez envoyer une lettre. On détruit votre lettre et on ne peut pas en demander les raisons. La réponse est : "nous en avons la compétence". Un jour, il vous est interdit d’envoyer un vêtement vers l’extérieur. La seule réponse : "Il en convient mieux ainsi" . Mais la semaine suivante, vous y êtes autorisé. Puis, c’est de nouveau interdit... Par exemple, depuis un certain temps, on ne peut plus envoyer vers l’extérieur, du courrier qui vous a été nommément destiné. Le prétexte : " une fois à l’extérieur, ce courrier est imprimé sous forme de livre". Il n’y a pas lieu de chercher une logique dans ces méthodes. De toute façon, la simple recherche d’une rationnalité est en soi un ’crime’. Le but est précisément, l’anéantissement de la raison et cela, c’est le plus grand massacre. A noter aussi que ses mesures n’ont aucune base légale. D’ailleurs, on vous rétorque souvent : "où vous croyez-vous ?Ici, ce sont des prisons de type F, des prisons spéciales". Quand on vous sort de votre cellule, vous ne pouvez avoir sur vous ni stylo, ni papier, ni montre, ni chapelet, ni cigarette, ni briquet. Tout est interdit... Il n’y a pas de raison : demander POURQUOI est INTERDIT. Ce ne sont que deux exemples parmi des centaines. Vous êtes confronté en permanence à une série de tracasseries sur les moindres détails. Se poser des questions, discuter, défendre ses droits sont des ’crimes’. On vous demande d’être ’obéissant’. Ces bêtises qui paraissent insignifiantes ont des conséquences graves : la mort clinique, la mort du cerveau.

5 - L’entraide et la solidarité sont considérées comme des grands délits. Il n’y a aucune possibilité de partager quoi que ce soit avec votre ami le plus proche et c’est même interdit. Selon l’administration pénitentiaire, vous ne pouvez être concernés par les soucis et les besoins d’autrui. On doit être ’égoïste’ et ne ’penser qu’à soi-même’. Manifestement, même la sensibilité humaine est un ’crime’ répréhensible.

6 - Tout est instrument de torture. Même la musique. Il y a obligation d’écouter de la musique diffusée entre 03.00 et 04.00 du matin. A vous faire éclater les tympans. Aucun moyen de se plaindre. En outre, les ateliers de travail sont situés juste au-dessus des cellules. Cette torture par le bruit sert à troubler la psychologie du détenu. Notre camarade Ali Osman Köse, détenu à la prison de type F de Edirne dans l’isolement complet, est victime de ce tapage provienant des ateliers de travail. En outre, tous les soirs, on actionne la chasse d’eau pendant une heure et demi ou deux, ce qui provoque un bruit insupportable. Ces bruits affectent la nervosité des détenus et les affaiblissent psychologiquement. Les tortures psychologiques de ce genre et leurs effets sur les détenus sont étudiés par les psychologues de la prison. A l’heure du supplice, j’ai un jour entendu un gardien crier à l’un de ses collègues : "actionne la chasse !" A Kandira, cela se passe tous les soirs, après le recensement et cela dure une heure et demie. Parfois, cela se passe le jour. En outre gardiens et soldats entretiennent des rapports obligatoires avec les détenus. Ces derniers sont soumis aux insultes et aux traitements dégradants. Répondre à ce genre d’agressions est considéré comme une raison valable pour faire l’objet d’attaques physiques.

7 - Les détenus considérés comme des cadres politiques ou des représentants d’organisations, ou qui refusent la résignation, sont jetés arbitrairement dans les cellules individuelles. Ils sont maintenus dans des pièces insonorisées. Il arrive qu’on leur déplace leur cellule juste pour les ennuyer et les énerver. Les changements de cellules sont décidés par un "conseil de sélection de chambres" composé de deux chefs de la prison et de quelques psychologues... Les cellules environnantes sont évacuées et le détenu se retrouve seul sur un large périmètre. On vide même les cabines de visite quand le détenu isolé reçoit une visite. Ceux qui sont regroupés dans des cellules de trois peuvent recevoir des visites simultanément. Ce n’est pas le cas de celui qui est séquestré dans une cellule individuelle. Il est seul dans sa cellule. Seul lorsqu’il se rend à la cabine des visites. Seul lorsqu’il va à l’infirmerie, à l’hôpital, au tribunal. Des conditions qui font que vous ne voyez pas le moindre visage durant des mois, ou que vous n’entendiez pas la moindre voix... Les détenus isolés arrivent à oublier l’usage de la parole. Ils s’aliènent à leur propre voix. Un détenu se suicide dans la cellule à côté de vous mais vous ne l’apprenez que par les journaux. Vous tombez malade, vous vous blessez, mais personne ne le sait.

8 - Les visites d’avocats sont souvent refusées. Le droit à la défense est ignoré. Vous ne pouvez pas prendre un papier et un stylo durant les visites d’avocats. Comme je l’ai précisé dans un point précédent, vous ne pouvez rien porter sur vous durant vos visites. Vous êtes fouillés jusqu’à vos chaussettes. Au retour, vous êtes fouillé à deux postes de contrôle. Dans ces conditions, on ne peut pas parler de véritable visite et de droit à la défense. Il n’y a, en effet, aucune possibilité de discuter sainement avec un avocat sur un dossier judiciaire, ou de préparer une défense collective avec les détenus concernés par la même affaire. Ni pour étudier le dossier ou prendre note. Depuis un an et demi, il n’y a pas de possibilité de préparer son propre jugement. Entre-temps, les tribunaux traitent les jugements sans que la défense puisse intervenir. Les peines sont prononcées sans qu’il y ait de possibilité de recours. Même dans ces conditions, le détenu ne peut rien donner à l’avocat durant les visites et même quand on envoie des documents à nos avocats après avoir préalablement effectué une demande officielle auprès de l’administration pénitentiaire, cette dernière confisque ces documents. Il arrive que la direction détruit lâchement les documents qui vont servir au procès. D’autre part, nos avocats et nos visiteurs subissent des menaces et des tracasseries. Celles-ci ont lieu à l’entrée et à la sortie des prisons. Elles servent à dissuader les visiteurs de revenir. Les prisons de type F sont loins de la ville, ce qui annule quasiment les possibilités de visite de leurs avocats. Les visites de prison prennent un jour pour les avocats et durant cette journée, les avocats ne peuvent rencontrer que deux clients au maximum à raison de 20 minutes. Quand on tient compte des durées de visite, on peut aisément déduire que les conditions de la défense sont restreintes. Parfois, la visite de l’avocat est empêchée par le prétexte de fouille des cellules. Avec les nouvelles prisons de type F, le droit à la défense est complètement formel et la profession d’avocat, ineffective.

9 - Tout est réglé selon vos moyens financiers. Si vous n’avez pas de visiteurs et de l’argent, il vous est impossible de subvenir à vos besoins élémentaires. Comme l’entraide et la solidarité sont prohibées, vous manquez de vêtements, de produits de nettoyage, de thé, de cigarettes, de papier et de stylo. Vous n’avez pas accès aux soins de santé. Dans les tombes de type F, tout est devenu produit commercial. Or, les frais de santé incombent à l’Etat. Même les consommations d’électricité sont payantes. En fait, notre consommation réelle n’a pas d’importance pour les autorités. D’ailleurs, nous n’avons jamais pu vérifier nos consommations. Le fait qu’il y aurait des compteurs n’est pas du tout crédible. C’est le cas aussi pour les achats effectués à la cantine. Vous commandez un ’kilo’ mais vous ne pouvez pas contrôler la quantité que l’on vous fournit. On reçoit souvent des quantités réduites. Dans les prisons de type F, ce système d’achat est basé sur la spoliation des détenus. Il y a aussi le travail en atelier où seuls les détenus de droit commun sont appelés car les détenus politiques en résistance ont rejeté ce programme. Les détenus y sont exploités en échange d’un tout petit salaire, ce qui fait des prisons de type F, des usines très rentables et les détenus, des "esclaves salariés". On parle déjà d’empêcher les parents d’envoyer de l’argent aux détenus pour forcer ces derniers à travailler.

10 - Notre possibilité de lire des livres et de suivre la presse est très limitée. Vous avez droit à trois livres mais vous ne pouvez pas en recevoir un quatrième tant que vous n’avez pas rendu les premiers livres empruntés. Cela vous empêche d’étudier un sujet en profondeur, de rédiger un article ou une étude. Des revues nous sont refusées. Quand on pose la question, la réponse, c’est : "la revue n’est pas arrivée" ou encore "elle a fait l’objet d’une saisie". Je n’ai pas pu recevoir régulièrement le courriers ou les revues qui m’ont été adressées. Après les opérations militaires du 19 décembre, le ministre de la justice Hikmet Sami TÜRK avait déclaré que l’on avait découvert des milliers de livres et des bibliothèques entières dans les dortoirs, comme s’il s’agissait d’un grand crime. Manifestement, pour les autorités, lire un livre est considéré comme un crime. Celles-ci préfèrent avoir à faire à des gens ignorants afin de les manipuler plus facilement. Elles montrent aussi à quel point elles sont hostiles au savoir et à la science.

11 - Les fouilles et les recensements sont un instrument de torture. Les fouilles sont menées sciemment pour saccager et mettre nos affaires sens dessus-dessous. Tout est renversé, dispersé. Nous somme obligés de relaver notre linge. Pourtant, il n’y a rien à trouver et ils le savent mais ils en profitent pour mettre le désordre. Lors de chaque fouille, une horde de gardiens et de soldats se bousculent dans la cellule pendant 10 à 15 minutes. Après cette perquisition, le rangement des cellules dure parfois deux à trois heures.

Durant ses fouilles de cellules, les détenus sont forcés de se lever durant le recensement et sont obligés d’obéir. Les détenus révolutionnaires qui refusent sont tabassés et traînés à terre. Durant l’une de ses perquisitions, le détenu Ali Ihsan KILIÇ a été cogné contre le mur. Il a été blessé et avec le choc, a perdu la mémoire. L’administration a ensuite fait le rapport de cette agression mais en indiquant qu’il s’était cogné accidentellement. Son compagnon de cellule, Yavuz Nazligül a été forcé à faire une déclaration conforme à la version officielle. Après cette attaque, Ali Ihsan KILIÇ a été hospitalisé et suite à cela, il a été acquitté. On dénombre des dizaines de cas similaires. Les déplacements vers les tribunaux et les hôpitaux tournent à la torture. A chaque déplacement du genre, les détenus font l’objet de fouilles sept ou huit fois. Les détenus qui s’opposent à ces fouilles sont ’fouillés’ parterre, en étant roués de coups.

12 - Le système d’exécution des peines fait également partie du programme d’assujettissement des détenus. Les détenus qui ont reçu une peine disciplinaire reçoivent une nouvelle condamnation plus élevée. Les peines disciplinaires sont données à tort et à travers. Quand on n’a pas de peine disciplinaire, cela signifie que l’on s’est complètement plié à la politique de dépersonnalisation du pouvoir. Les réformes comme l’usage de ce qu’ils appellent ’les espaces d’utilisation commune’ sont conditionnées par la ’virginité’ de votre casier en matière disciplinaire. Même les détenus qui contestent de la manière la plus passive, des traitements humiliants, sont condamnés à une peine disciplinaire et se voient privés du droit de visites, de visites de table, de courrier ou de sorties. La plupart du temps, les détenus ne comprennent même pas pourquoi ils sont ainsi châtiés. Il est possible d’allonger et de détailler la liste des méthodes pratiquées dans les prisons de type F. En effet, tout peut faire l’objet d’interdiction. Dix mois après notre déportation en régime de type F, on a tenté de faire passer l’idée que nous étions des ’criminels’. Cette pratique était une variante de l’uniforme que la junte avait tenté d’imposer après le coup d’état du 12 septembre. Les détenus ont refusé cette appellation même si cela leur a coûté d’être battus et torturés.

13 - Les organes de contrôle comme les ’conseils de surveillance des prisons’ servent à légitimiser le régime d’isolement des prisons de type F. Leur membres élues sont connus sont connus comme étant des fascistes notoires, comme les avocats des policiers tortionnaires qui sont responsables des sévices contre plusieurs étudiants dans la ville de Manisa. Ces ’conseils de surveillance’ sont créés pour montrer que l’on veille sur les détenus et pour présenter les prisons comme des véritables hâvres de paix, mais en fait les seuls détenus récompensés par ces ’conseils’ sont ceux qui ne s’opposent pas aux lois de l’Etat, qui sont dociles face à l’administration pénitentiaire et qui ne subissent aucune persécution politique.

14 - Dans la prison, il n’y a de possibilité de rencontrer le procureur, le directeur, les gardiens, ni aucun autre membre du personnel. Il n’y a aucun service auqel on peut s’adresser pour résoudre nos problèmes quotidiens. Lorsque le procureur et les directeurs de la prison rencontrent les détenus, notamment durant les recensements, c’est pour leur rappeler le règlement.

15 - Les visites aussi tournent à la torture. Les gardiens vous ouvrent la porte pour vous annoncer que vous avez une visite. Ils vous demandent ensuite de vous débarrasser de tout ce que vous portez. Vous ne pouvez garder que vos vêtements. Vous devez abandonner votre montre, vos cigarettes, votre briquet, votre stylo, votre papier ou votre châpelet dans votre cellule. Quelle est la logique dans tout cela ? La sécurité ? Quel problème peut poser la présence sur soi de tels objets ? Aucun. Il n’ y a véritablement, aucune raison valable. Mais la règle est ainsi : dans les prisons de type F, on ne peut sortir de sa cellule que comme eux le souhaîtent. A peine avoir mis les pieds hors de sa cellule, les règles strictes commencent. Si vous n’abandonnez pas tous vos objets, vous ne pouvez pas bénéficier de votre droit de visite. Dès que vous avez franchi la porte de votre cellule, vous passez par une fouille corporelle en profondeur. Même le fond de vos chaussures et de vos chaussettes est fouillé. Ensuite, deux gardiens vous maîtrisent par les bras et vous conduisent à la cabine de visite. Vous attendez un certain moment, puis votre visiteur arrive. La rencontre se fait par téléphone. Vous êtes séparés par une vitre insonorisée. Il est impossible d’entendre la voix de son visiteur sans passer par le téléphone. Ce téléphone est écouté par l’administration. Si vous dites des choses qui ne conviennent pas à la direction, si vous vous plaignez de vos conditions de détention, on vous coupe la communication... Quand votre temps de visite s’écoule, le gardien vous prévient puis vous êtes immédiatement emmenés de la même manière que vous avez été amenés. Avant de regagner votre cellule, vous êtes à nouveau fouillé, jusqu’à vos chaussures et vos chaussettes... Or, il n’y a aucune possibilité d’être en contact avec votre visiteur et en plus, vous êtes emmenés par les bras, au départ de votre cellule et même au retour. Cela s’appelle une visite, mais c’est un véritable.

16 - La bibliothèque, les terrains sportifs et sociaux sont ce que l’on appelle les ’espaces communs’ mais même là, il règne la logique de l’isolement. Il y a une soi-disant bibliothèque. Mais là, dans le cas de détenus regroupés par trois, ils ne peuvent voir que leurs co-détenus de la même cellule. En revanche, si le détenu est séquestré dans une cellule individuelle, il ne peut voir qui que ce soit. Et là encore, il est soumis à deux fouilles minutieuses. Les gardiens le tiennent par les bras. En bibliothèque, les gardiens vous épient pendant votre lecture... Dans les terrains de sport, c’est pareil. Comment peut-on faire des activités sportives quand on est seul ou à trois ? Comme les détenus ne peuvent pas faire de sport ensemble, leur temps d’occupation des terrains de sport est miniuscule. L’utilisation du complexe sportif dépend aussi du bon vouloir de l’administration pénitentiaire. Si vous êtes punis, vous n’y avez pas droit. Si vous êtes un résistant, vous pouvez en être privés aussi... Comment peut-on appeler ces endroits, des espaces communs, quand seuls, une à trois personnes à la fois peuvent y accéder ? Qu’y a-t-il de social à cet espace ? C’est de la pure tromperie. Même dans ces espaces, il règne le principe d’isolement.... Par conséquent, l’utilisation de ces pièces revient à reconnaître et à banaliser le régime d’isolement... Ces espaces servent en réalité à camoufler les conditions d’isolement. C’est pour cela que les détenus refusent de fréquenter ces lieux.

17 - On connaît diverses maladies dûes au confinement dans les cellules des prisons de type F. La plupart des détenus du type F sont blessés ou handicapés. Nous souffrons d’anomalies et de défaillances particulières : transpirations irrégulières, perte de peau, chute de cheveux, troubles de la compréhension. Nous soupçonnons l’effet des quantités démesurées des bombes lancées durant l’opération. Notre immobilité en cellule est aussi source de maux. Nous ne sommes évidemment pas soignés. Même les détenus blessés ou en grève de la faim sont maintenus dans l’isolement dans une situation de non-assistance. Les camarades qui sont blessés à la jambe ont du mal à se déplacer durant les transferts ou les visites.

18 - Tous les détenus sont soumis à la répression mais les résistants du jeûne de la mort le sont encore davantage. Ils sont soumis à une pression psychologique et physique intense. Ils sont systématiquement emmenés à l’hôpital pour être perfusés de force. Ces hospitalisations tournent à la torture. Des détenus qui observent le jeûne depuis deux ou trois cents jours sont forcés à abandonner leur résistance et pour ce faire, on les torture par la déshydratation. Certains détenus hospitalisés sont privés d’eau pendant un jour. Autrement dit, certains médecins, de l’infirmerie ou des hôpitaux agissent selon les directives du ministère et sont donc complices de ces tortures.

Ceci était un aperçu des conditions de détention qui règnent dans les prisons de type F. De mon récit, on peut aisément dégager les buts visés par ceux qui ont opté pour ce système pénitentiaire. Les révolutionnaires qui ne font que défendre la population et se battre pour elle, sont confinés dans les cellules de prisons de type F en guise de châtiment. On tente de faire de ceux qui sont sensibles aux souffrances de la population, des personnes égoïstes et insensibles. Cette situation est inacceptable. Ces conditions de détention rendent service au système tyrannique et spoliateur dominant. Ces prisons de type F servent à juguler la lutte contre ce système. Les gens qui pensent et qui ont une personnalité ne sont pas prêts à capituler devant ces pressions. 91 de nos camarades sont tombés en martyr dans la résistance contre cette terreur de l’impérialisme et de l’oligarchie. Mais nos camarades sont toujours aussi décidés à résister contre cette terreur. Je vous ai décrit la gravité de la situation mais elle ne peut que changer. Elle va changer. La lutte fera changer ses conditions. Les détenus révolutionnaires ne se laisseront pas faire. L’issue victorieuse de cette lutte honorable concerne directement et étroitement l’avenir de tous. La résistance continue. Tout le monde peut contribuer à la réussite de ce combat honorable. J’appelle l’opinion publique à participer activement à la lutte contre les tombes de type F et les mesures qui y règnent.

Le 5 juin 2002

SADI NACI ÖZPOLAT


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