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  - (2004) Enquête sur les COR
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  - (2006) Operation "Comitato Liberazione Sardegna"
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  - May 19 Communist Organization
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  - Nuclei Proletari per il Comunismo
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Courte biographie du Collectif des prisonniers d’AD (Juillet 1996)

Militants d’ Action Directe, nous sommes incarcérés depuis février 1987. De notre arrestation, tous les 4 ensemble, le gouvernement français fit le symbole de la répression de la guérilla sur ce territoire. Concentrant sur nous sa propagande et ses méthodes contre-révolutionnaires, il nous soumettait à l’isolement le plus stricte, réorganisant, par exemple, one division de la maison d’arrêt des femmes de Fleury-Mérogis. Les premiers procès devaient donner lieu au spectacle de la toute puissance de la justice bourgeoise. C’était pour elle un achèvement dans le sens où certains dossiers, pour lequels étaient incarcerés d’autres camarades depuis plusieurs années, étaient enfin clos dans l’ivresse de notre "participation" à cette mise en scène.

Le 1er décembre 1987, nous commencions notre première grêve de faim contre l’ isolement et pour le regroupement. Elle allait durer jusqu’au 15 avril 1988. Pendant ce laps de temps, 5 procès lors desquels 2 d’entre nous comparurent après plus de 2 mois de grève de la faim. Malaises, état à demi-conscient, perfusions dans les coulisses, rien n’y faisait, le spectacle des Sections Spéciales (1) devait continuer.

En permanence, le pouvoir déploie ses forces contre les nombreuses réalités antagonistes.Cependant, dans cette phase, alors qu’il y avait d’autres militants emprisonnés, de l’organisation ou appartenant à ces autres réalités, il fit de nos arrestation, procès, détention l’expression par excellence de son monopole de la violence, de sa volonté de vaincre et de vaincre vite.

Procès représentatif s’il en en fut de cette demonstration de force que celui de janvier 1989. S’agissant de traiter de l’action du commando "Pierre Overney" contre Georges Besse, l’ultime acte de la pièce ne pouvait être qu’à la hauteur du déchaînement haineux de propagande qui l’avait immédiatement suivie. Nommé P.D.G. de Renault par le gouvernement social-démocrate, il était un spécialiste des restructurations musclées et il avait chaque fois licencié des dizaines de milliers de travailleurs (34 OOO à PUK-Péchiney, 25 000 à Renault).En dépit des tirs croisés des valets médiatiques de la bourgeoisie et de ses collaborateurs syndicaux, l’action avait ainsi été sympathique aux prolétaires (2). L’enjeu du procès était donc double. D’un côté, il s’agissait d développer encore la ligne de dépolitisation de l’attaque engagée depuis le début, d’un autre il fallait profiter du procès pour marteler encore et encore les bienfaits de la politique néoliberale. Aussi y vit-on deux ministre et ex-ministre témoigner des mérites de G. Besse, parfait technocrate ; Edith Cresson, après avoir désigné Besse à la tête de Renault quand elle était Ministère du redéploiement industriel et du commerce extérieur, était aux Affaires Européennes dans le nouveau gouvernement socialiste de 1988, André Giraud avait été le ministre de la Défense du précédent gouvernement de droite. Ce qu’il y avait de contradictoire dans se servir du témoignage de deux personnalités politiques de ce rang dans un procès contre "4 criminels fanatiques" ne pouvait que disparaître devant la violence du consensus démontré à cette occasion par l’ensemble des forces politiques et médiatiques. Enthousiastes, elles saluèrent notre première condamnation à la perpétuité avec 18 ans de sûreté (3) comme leur propre victoire, un couronnement dans la stratégie d’anéantissement de la lutte révolutionnaire de gauche.

En arrêtant la première grève, nous avions peu avancé dans nos revendications. Les quelques aménagements à notre isolation obtenus n’allaient d’ailleurs pas durer. Deux mois après ce procès, nous étions de nouveautous les quatre soumis à la torture blanche de l’isolement. Aussi en avril 89, nous repartions en lutte sur les mêmes bases d’une abolition de l’isolement et d’un regroupement politique. En juillet 89, il était officiellement mis fin à notre détention dans des quartiers d’isolement, nous étions partiellement réunis, tandis qu’était pris l’engagement de mettre en place des parloirs entre nous (il ne sera jamais tenu).

De fait, dès l’automne, nous étions confrontés à des isolements partiels dans des quartiers spécialement conçus à notre intention. Certes l’acquis d’être regroupés par sexe, deux femmes, deux hommes, dans ces quartiers ne fut pas remis en cause. Pour autant, la stratégie de destruction de l’antagonisme révolutionnaire sur ce territoire que le pouvoir voulait exprimer à travers nous quatre ne l’était pas non plus.

En janvier 1991, nous commencions une nouvelle lutte. Si cette fois encore, nos revendications étaient contre l’isolement et pour le regroupement, parallèlement, nous chercchions à construire un Front de résistance contre la justice de classe et la prison. Ainsi, pendant plus de deux ans, jusqu’en avril 93, nous nous relayâmes en menant, chacun notre tour, des grèves de la faim d’une semaine.

En mai 1994, nous étions condannés une deuxième fois à la perpétuité. Avant même que ce procès n’ait lieu, il était clair que, mondialement, un cycle de lutte révolutionnaire s’était épuisé. Sur ce territoire, qu’elles qu’aient été ses erreurs, Action Directe en a sans doute été l’expression la plus avancée. Ceci explique l’extrême symbolisation autour de nous.

L’avenir dira qu’elle aura été notre contribution dans la longue marche du prolétariat vers son autonomie politique, comme seule classe effectivement révolutionnaire jusqu’au bout. Comme beaucoup, dans l’histoire et dans notre génération, nous avons fait des choix qui engageaient notre vie entière. Nous n’en avons aucun regret. Nos parcours individuels sont imbriqués à un moment d’importantes expériences pour le mouvement de classe sur ce continent dans une perspective d’imbrication croissante des combats anticapitaliste et anti-impérialiste.

JEAN-MARC ROUILLAN avait 16 ans en 1968. Issu d’une famille de gauche, il n’était alors cependant pas trop politisé. Selon lui, c’est peut-être ce qui lui a permis de s’engager dans la révolte anti-totalitaire sans a priori. Il participe aux événements comme militant du CAL (Comité d’Action Lycéen) des quartiers nord de Toulouse. Il s’engage ensuite dans le mouvement anarco-communiste, notamment dans les Groupes Autonomes Libertaires. Ces quelques mois furent un moment d’apprentissage très intense où l’action directe était un quotidien dans les nombreuses luttes qui parcouraient ce renouveau du mouvement révolutionnaire. Comités d’occupation des usines, grèves des loyers dans les cités, lutte contre l’Etat policier,...

A la sortie de cette expérience, vu le contexte de la ville, considérée à juste titre comme la capitale de l’espagne antifranquiste, il se tourne vers le soutien aux luttes révolutionnaires contre la dictature franquiste. Ainsi, au cours de l’année 70, il fut membre du premier noyau de l’organisation armée dont se dota le mouvement ouvrier clandestin de la région de Barcelona (Catalunya) : le Movimiente Iberico de Liberacion (MIL).

Cette organisation alimentait les caisses de solidarité, fournissait des moyens politiques et techniques aux instances auto-organisées et aux différentes assemblées de lutte qui surgissaient sur le terrain. Elle fonctionnait donc comme un réseau de résistance antifasciste (les GACs, Groupes Autonomes de Combat) mais aussi en développant une praxis anticapitaliste correspondant à l’époque : processus pour l’autonomie politique du prolétariat, critique radicale et anti-révisionnisme, contre toute collaboration avec les forces "démocratiques" ne cherchant qu’à aménager le franquisme en un nouveau régime autoritaire de la bourgeoisie. Le MIL-GAC fut démantelé par une répression féroce. L’un de ses membres, Salvador Puig Antich fut le dernier condamné politique à être garotté (2 mars 1974). De retour en France, Jean-Marc oeuvre au rassemblement de nombreux groupes autonomes et libertaires prêts à s’engager dans le combat armé international contre la dictature. Naissent alors les GARI (Groupes d’Action Révolutionnaire Internationalistes) qui agiront durant cette période dans plusieurs pays européens. Arrêté en 1974, Jean-Marc est amnistié après la mort de Franco, il est libéré au printemps 77.

Dès lors, il milite pour la convergence du mouvement autonome issu de l’après Mai 68 avec les expressions de la nouvelle autonomie politique prolétarienne, principalement inspirées par les différentes thèses italiennes, surgies dans l’après 1968 et les mobilisations de la seconde moitié des années 70. Il travaille à la formation d’organismes clandestins comme les Coordinations Autonomes et à la généralisation d’actions de résistances. La création d’Action Directe, au début de 1978, sera l’aboutissement de ce travail.

NATHALIE MENIGON est née en 1957 dans une famille ouvrière. En 1975, elle devient employée de banque, syndiquée à la CFDT suite à une grève, puis évincée du syndicat, elle rejoint un groupe communiste autonome, "Camarades". A l’instar de l’Autonomia Operaia italienne, ce groupe prônait la révolte sociale anticapitaliste et anti-impérialiste et apportait son soutien à la guérilla italienne. Nathalie participe aux réflexions, manifestations de l’autonomie parisienne et mène en même temps une réflexion sur la nécessité du combat armé.

En 1978, avec des camarades, dont Jean-Marc, elle fonde l’organisation communiste révolutionnaire Action Directe. Il s’agit de combattre concrètement le système et de promouvoir l’organisation de la classe prolétarienne et sa stratégie opérationnelle : la lutte armée. Elle participe avec Jean-Marc à la première action revendiquée par l’organisation : mitraillage du siège du patronat français, le 1er mai 1979.

A partir de l’automne 79, AD lance sa première campagne de propagande armée. Elle durera jusqu’en 1980. Dès son apparition, AD s’attaque aux locaux où sont élaborées, décidées et appliquées les décisions les plus importantes des politiques de l’Etat. Elle détermine ses cibles en fonction des axes qu’elle a caractérisés comme décisifs dans la phase (politique de restructuration dans l’usine et dans les quartiers, politique d’interventionnisme militaire en Tunisie, au Tchad et au Zaïre) et plus globalement, elle pose ainsi le fil rouge qu’elle compte défendre jusqu’au bout : l’unité des luttes anticapitaliste et anti-impérialiste. Au service de cette unité, AD s’attaque aussi aux organismes liés à l’exploitation des travailleurs immigrés, aux conditions de vie qui leur sont imposées et contre lesquelles ils luttent.

En septembre 1980, elle est arrêtée, en compagnie de Jean-Marc, après une fusillade avec la police. Après l’élection de Mitterand (1980) et la constitution du premier gouvernement social-démocrate, une bataille politique s’enclenche dans les prisons. Des mouvements de solidarité se constituent pour l’amnestie des prisonniers politiques, contre les tribunaux d’exception. La forte mobilisation et les contradictions du nouveau pouvoir permirent la libération de tous les prisonniers communistes et anarchistes et la Cour de Sûreté de l’Etat est dissoute. Nathalie est libérée en septembre 1981, Jean-Marc l’avait été en août.

Action Directe reprend l’initiative en novembre et décembre de cette année 81. L’organisation participe à l’occupation de nombreux ateliers clandestins dans le Sentier et de plusieurs immeubles à Barbès. Plus d’une centaine de familles étrangères, majoritairement turques, sont ainsi relogées. Parallèlement de nombreux incidents et manifestations ponctuent cette campagne contre les ateliers des négriers et pour le logement. Il s’agit également du soutien aux camarades turcs, réfugiés en France après le coup d’Etat dans leur pays (1980) qui a bénéficié du soutien de l’impérialisme US. Parallèlement continue la reconstruction des structures clandestines.

En juin 82, AD dirige une importante mobilisation contre le sommet du G.7 à Versailles. Il a été un pas décisif pour l’intégration stratégique des pays impérialistes sur la ligne imposée par l’administration Reagan.

Le 6 juin, dernier jour de ce sommet, Israël attaque au Liban. De la manière la plus concrète qu’il soit, est illustré l’un des axes du redéploiement des forces impérialistes. Puis, c’est l’entrée des troupes israéliennes au Liban et ses conséquences pour les peuples libanais et palestinien. Réorientation des cibles d’Action Directe qui revendique le mitraillage du véhicule du chef de la sécurité de l’ambassade d’Israël et des actions contre des sociétés Israéliennes. Après un attentat-massacre contre un restaurant juif (Goldenberg), rue des Rosiers à Paris, le pouvoir orchestre sa propagande contre-révolutionnaire à travers les médias. Dans un interview au journal "Libération", Jean-Marc exprime la justesse du mitraillage contre le chef de la sécurité et condamne les attentats-massacre. Tandis que le conseil des ministres ordonne la dissolution d’Action Directe, visant à isoler les militants de l’organisation, des perquisitions ont lieu dans le milieu des squats et chez les révolutionnaires connus. Nathalie, convalescente d’un grave accident de voiture alors qu’elle ramenait de Bruxelles des affiches contre le sommet du G.7, et Jean-Marc passent à la clandestinité.

GEORGES CIPRIANI est né en 1950 dans une famille ouvrière. Il a été ouvrier-fraiseur à "l’artillerie" de Renault, un atelier des machines-outils à la fin des années 60. Militant révolutionnaire des comités de base de l’"Ile du diable" (une partie du site de Renault à Boulogne-Billancourt), il y travaillait lors de l’assassinat, par un vigil, de Pierre Overney, militant communiste qui distribuait des tracts devant l’usine (25 février 1972). Après les fortes mobilisations qui suivirent cet assassinat, il partit en Allemagne où vécu une dizaine d’années, participant aux mobilisations du mouvement anti-impérialiste. Il a pris part aux activités de l’organisation entre 1982 et 1987.

Aujourd’hui, Georges ne fait plus parti do collectif des prisonniers d’Action Directe. Après des années d’isolement total et partiel, Georges a dû être interné à l’hôpital psychiatrique de Villejuif durant l’été 93. Après nos deux grèves de la faim de plusieurs mois, les grèves de la faim d’une semaine sur 4 de 91 à 93 ont certainement contribué à cette affaiblissement de son psychisme.

JOELLE AUBRON. Je suis née en 1959. Issue de la bourgeoisie française traditionelle, ma famille habitait dans un quartier populaire de Paris. Ce fut une occasion d’apprendre vite que l’égalité sociale n’était qu’un mot écrit sur les frontons de mes écoles publiques.

L’autre détermination, plus essentielle encore, a été le renouveau de l’élan révolutionnaire des années 60. Ses composantes anticapitaliste, anti-impérialiste et antirévisionniste étaient immédiatement disponibles dans l’air du temps. A la fin des années 70, des niveaux très radicaux de l’affrontement avaient été et étaient expérimentés, l’expérience du Black Panther Party aux USA, les guérillas en Amérique Latine, le combat des Palestiniens, en Italie et en Allemagne, tout près, d’autres guérillas frappant le système au coeur de ses métropoles. Tandis qu’il existait tout un ensemble de luttes, qui pour particulières soient leurs revendications, se projetaient dans une dynamique d’ensemble contre le système. Je vivais alors dans des squats, dans des quartiers populaires de Paris confrontés aux restructurations immobilières. Pendant l’été 1977, il y avait eu la manifestation antinucléaire de Malville où un manifestant avait été tué par la grenade d’un flic. En octobre, c’était l’assassinat des prisonniers de la RAF à Stammheim alors que la France était sur le point d’extrader l’avocat Klaus Croissant vers l’Allemagne. Je ne faisait pas partie d’un groupe, pour autant, à ces occasions ou à d’autres, je participais à des manifestations équipée de cocktails molotov ou à de petites opérations (contre l’ambassade d’Equateur après une sanglante répression contre des ouvriers du sucre à Guyagil, camion faussement piégié devant une annexe du Ministère de la Justice suite à la condamnation de militants révolutionnaires,...). Même si l’emploi de la violence révolutionnaire était ainsi intégrée à la praxis immédiate des militants qui se côtoyaient alors, même si les attaques de la guérilla nous impliquaient dans une même nécessité de la lutte armée comme outil stratégique dans le combat entre les classes, c’était aussi une période pleine de discussions sur les développements des expériences armées, plus particulièrement en Italie.

Ainsi, en la résumant à l’extrême, l’une des questions tournait autour de la nécessité ou non d’une organisation politico-militaire. En 1980, si le groupe du mouvement autonome, dont je faisais alors partie, participe ponctuellement à des opérations d’AD et contribue à sa logistique, ses militants ne sont pas membres d’Action Directe.

En 1982, avec un camarade d’AD, je suis arrêtée sortant d’un box où il y avait eu des armes. Je ne me revendique pas militant d’AD. En prison je continue ma réflexion. C’est une période marquée par la frilosité de l’extrême-gauche française en général et par la vacuité du mouvement autonome français en particulier. L’offensive impérialiste déploie ses splendeurs : intervention israélienne au Liban, Thatcher aux Malouines, bombardements français sur la pleine de Beeka au Liban, Reagan attaque Grenade, mine les ports de Nicaragua,... La politique de rigueur du gouvernement français, dit de gauche, montre la soumission des sociaux-démocrates à la ligne mondiale dominante du néolibéralisme. Pendant ce temps, c’est la débandade de l’ex-mouvement révolutionnaire. Les uns ne pensent qu’à bondir sur le moindre strapontin que leur concède le pouvoir ; les autres psalmodient leurs vieilles recettes qui laissent le prolétariat toujours aussi désarmé face aux attaques de la bourgeoisie. De l’utilité de la lutte armée, je passe à la nécessité de la stratégie que seule permet l’outil organisationnel d’une organisation de guérilla. Pour autant, quand je suis sorti (1984), j’ai d’abord milité de manière légale : soutien aux prisonniers de l’organisation, librairie militante, journal. Si ma décision était prise de rejoindre AD, je ne voulais pas non plus passer de la prison à la clandestinité. Aussi, c’est presque un an plus tard que, la répression s’aggravant, je suis rentrée dans la clandestinité.

Nous nous revendiquons communistes révolutionnaires. Entre 1982 et 1987, l’organisation développe son action suivant deux lignes stratégiques interdépendantes, l’Unité des Révolutionnaires en Europe de l’Ouest et le Front anti-impérialiste.

"Pour nous, lier la ligne stratégique du Front anti-impérialiste à la question de la domination capitaliste en Europe de l’Ouest, et à la mutation de ses rapports de pouvoir, signifiait établir - en l’actualisant - l’unité de la lutte de classe révolutionnaire avec l’internationalisme, comme politique vivante"(4). A la fois, cela correspondait donc à la revivification de l’Internationalisme prolétarien tel qu’elle avait été engagée par la nouvelle vague révolutionnaire des années 60. Et cela s’appuyait sur les mutations du régime d’accumulation, accélérées notamment depuis le sommet de Versailles. L’intégration européenne, en devenant un espace essentiel de la lutte, tout aussi important que l’espace local ou international, requiert cette requalification de la lutte anticapitaliste.

La formation ouest-européenne se distingue, à la fois, comme appui logistique au roll-back impérialiste et comme pôle concurrentiel de la triade impérialiste et de son saut au nouveau modèle d’accumulation, toyotiste-libéral. D’autre part, les menaces de guerre que font peser sur le monde les politiques militaristes de Reagan et consorts renvoient à l’urgence de constituer un front prolétarien de sabotage et de construction révolutionnaire parcourant toute les instances du mouvement de la guérilla aux groupes de quartier et aux cellules d’usines. Au coeur de ces déterminations qui portent le présent du communisme, mouvement dont la praxis abolit l’ordre des choses existant, le Front matérialise l’attaque commune aux politiques centrales de l’impérialisme, non des seules forces communistes, mais de l’ensemble des réalités révolutionnaires et anti-impérialistes. En janvier 1985, Action Directe signe un texte commun avec la RAF.

Parmi la douzaine d’actions que l’organisation revendique au cours d’une première offensive conduite comme une attaque commune de la guérilla ouest-européenne : des structures de l’OTAN ; des usines d’armement ; des centres névralgiques du pouvoir économique et militaire ; l’assassinat de René Audran, directeur des Affaires Internationales au Ministère de la Défense et responsable des ventes d’armes françaises à l’étranger. En novembre 86, à la fin de la seconde offensive, le commando "Pierre Overney" mettait fin à la carrière de Georges Besse.

Aujourd’hui, après 10 ans d’incarcération, notre détention n’est plus tant caractérisée par le projet de destruction que par la volonté de nous enterrer. Cette reorientation de la stratégie étatique s’analyse à partir d’un ensemble de facteurs. En premier lieu, nos luttes en prison. Ensuite se conjuguent ensemble le fait d’avoir partiellement réussi à briser Georges, la faiblesse continue du mouvement révolutionnaire français et la nécessité de gommer la contradiction qu’il y a à maintenir une détention d’exception alors qu’officiellement il n’ y a pas de prisonniers politiques.

Nier l’existence des prisonniers révolutionnaires est une des composantes de l’opération de légitimation permanente sécrétée par le système. Etat naturel des choses, on ne saurait résister à ses lois, qu’elles soient économiques ou juridiques. "Nécessaire adaptation à la mondialisation" ou façonnant une Europe forteresse contre "tout la misère du monde", aussi barbares et injustes soient-elles aux yeux de ceux et celles, toujours plus nombreux, qui sont précarisés, pauperisés, expulsés par charters, réduits à la charité,..., ces lois doivent être vénérées par ceux-la mêmes qu’elles exploitent, oppriment et aliènent. Effacer les prisonniers révolutionnaires du paysage des contradictions parcourant nos sociétés est partie prenante du processus pour pérenniser la soumission à la valorisation du Capital.

Notre arrestation faisait suite à de nombreux coups portés par la répression. Elle mettait fin à l’activité politico-militaire d’AD. A la fin des années 80, une incontestable fracture historique s’est produite. Ce constat n’a rien de cataclismique si on l’insère dans l’histoire révolutionnaire sur notre continent. Plus grave est sans doute la manière dont s’est répandue une critique déraisonnable de l’expérience accumulée en plus de 20 ans de lutte, en particulier par la guérilla. Au lieu d’une critiques de nos véritables erreurs, ce n’est qu’une litanie de confusions. Au lieu de construire les ponts vers de nouvelles perspectives, elle ne débouche que sur la liquidation de la gauche anticapitaliste et anti-impérialiste en Europe.

Parce que nous pensons que cette expérience révolutionnaire ne peut être dépassé que par une nouvelle expérience révolutionnaire, capable de prendre en compte, mieux qu’elles, les intérêts généraux de toute la classe, parce que nous savons à partir de quel patrimoine nous avons nous-mêmes expérimenté des voies nouvelles, parce que rien dans la réalité ne nous indique un changement de la donne, barbarie ou communisme, parce que jamais les "projets" d’un "capitalisme à visage humain" n’ont paru aussi vains, nous n’avons aucune raison de renoncer. Malgré les conditions, nous continuons à travailler politiquement, discutant par écrit avec d’autres prisonniers révolutionnaires, participant à une publication (Front), traduisant des textes de discussions ou actions, en particulier du mouvement révolutionnaire européen,...

Joëlle Aubron, juillet 1996

(1) Le caractère particulier de ces procédures se joue en deux temps. Premièrement, qu’elle que soit la localité où les actions ont été commises, les dossiers sont instruits par des jugent travaillant avec une section particulière du Parquet de Paris, la XIVème section. Deuxièmement, le jury de ces Cours d’Assises est composé de "jurés professionels", ce n’est donc pas un "jury populaire" mais des magistrats sélectionnés par le pouvoir qui jugent selon leur "intime conviction". Instaurée en 1986, cette juridiction d’exception a pour tâche de faire directement dépendre les condamnations qu’elle prononce du niveau de l’affrontement tout en le dépolitisant autant que possible. (2)Dans le dossier judiciaire avaient été rapportées des discussions entre ouvriers aux portes de l’usine, au cours desquelles des menaces et des souhaits d’action Besse avaient été proférés. Mais l’on peut aussi penser à ces délégués syndicaux de base menaçant leurs patrons du même sort que Besse ou encore à l’affiche de cet hiver avec une photo de l’actuel PDG marquée d’une cible au milieu du front sur laquelle est écrit "Après Besse, à qui le tour ?", également distribuée comme tract, par les ouvriers de Renault-Vilvorde. (3)c’est-à-dire, nous devons passer minimum 18 ans en prison. Et c’est seulement au bout de ceux-ci que notre peine deviendra une perpétuité "normale" dont il est possible d’espérer la commuation en peine à temps. Ainsi, tout à fait éventuellement, nous pourrions sortir après 25 ans de prison. (4)Déclaration de procès - 1991.


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