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Une Histoire des Karens.



Source documentaire : Union Nationale Karen (KNU), Kawthoolei.

Préface

Nous, les Karens de la Birmanie, avons été obligés de nous battre contre les gouvernements birmans au pouvoir depuis quarante-trois ans. [en 1992]

Détenant le pouvoir sur tous les organes de l’état et en plein contrôle de la presse, de la radio et de la télévision, les gouvernements birmans successifs, de l’AFPFL (Anti-Fascist People’s Freedom League) à la junte militaire actuelle dirigée par le Général Than Shwe et son Conseil d’Etat pour la Restauration de la Loi et de l’Ordre (SLORC), nous ont toujours dépeints aussi noirs qu’ils le peuvent. Ils nous ont qualifiés d’insurgés, de fauteurs de guerre, une poignée de contrebandiers, des personnes qui vendent sur le marché noir, et comme agents à la fois des communistes et des impérialistes.

Néanmoins, dans la mesure de nos moyens, nous avons toujours essayé de réfuter la propagande birmane, inique et tendancieuse, et de faire connaître au monde les faits réels de notre cause.

En nous battant contre le gouvernement birman nous ne sommes motivés ni par un nationalisme étroit ni par une malveillance envers le gouvernement birman et le peuple birman. Notre lutte n’a été déclenchée ni par le monde capitaliste ni par les communistes, comme certains nous en ont faussement accusé. Elle possède sa propre originalité. A travers l’histoire les Birmans ont pratiqué l’anéantissement, l’absorption et l’assimilation (les trois A) contre les Karens, et ils le font encore aujourd’hui. En bref, ils pratiquent contre nous une guerre de génocide. Ainsi ils nous ont obligés à nous battre pour notre propre existence et pour notre survie.

Nous essayons dans ce document de vous présenter un bref aperçu de la lutte des Karens pour la liberté - de notre cause - que nous croyons être juste, vertueuse et noble. Nous espérons ainsi que le monde apercevra la vraie situation des Karens, un peuple oublié qui continue à se battre intensément pour sa liberté, tout seul et sans l’aide quelconque de qui que ce soit.

Les Karens, Une Nation, Leur Nature et Leur Origine.

Les Karens sont beaucoup plus qu’une ethnie minoritaire. Nous sommes une nation de 7 millions de personnes qui possède toutes les qualités inhérentes à une nation. Nous avons notre propre histoire, notre propre langue, notre propre culture, nos propres terres et un système de vie économique propre à nous-mêmes. Par nature les Karens sont un peuple modeste, tranquille et paisible qui s’attache aux qualités morales de l’honnêteté, de la pureté et de l’amour fraternel, de la vie coopérative et de la loyauté ; et qui sont sincères dans leurs croyances religieuses.

Du point de vue historique, les Karens sont descendus des mêmes ancêtres que le peuple mongol. Les premiers Karens (ou Yangs, comme ils étaient appelés par les Thaïs) se sont implantés dans le Htee-mset Met Ywa (les Terres des Sables qui Coulent : un pays qui avoisine la source du Yang-Tse-Kiang dans le désert du Gobi). De là nous avons migré vers le sud et peu à peu nous sommes entrés dans le pays qui s’appelle aujourd’hui la Birmanie, aux alentours de 739 avant J.-C.

Nous étions, selon la plupart des historiens, les premiers à coloniser cette terre nouvelle. Les Karens ont appelé ce pays Kaw-Lah, qui veut dire le Pays Vert. Nous commencions à débroussailler et à labourer notre terre, libre de toute contrainte. Nos labeurs étaient productifs et nous étions heureux de notre condition. Donc nous avons changé le nom du pays en Kawthoolei, un pays indemne de tous les malheurs, de la famine, de la misère et de la guerre : Kawthoolei, un pays agréable, productif et tranquille. Ici, nous vivions des vies qui étaient typiquement sans bouleversement et paisible, avant l’arrivée du Birman.

La Période Avant la 2ème Guerre Mondiale

Féodalisme Birman, Impérialisme Britannique et Fascisme Japonais.

Nous, les Karens, n’ont pu profiter longtemps d’une existence paisible. Les Môns ont d’abord pénétré dans cette région, suivi peu après par les Birmans. Les Môns et les Birmans ont introduit le féodalisme, qu’ils pratiquaient pleinement. Les Birmans ont gagné la guerre féodale et ils ont subjugué toutes les autres nationalités dans le pays. Les Karens ont subi des souffrances innombrables à cause de leurs maîtres birmans. La persécution, la torture, les tueries, l’oppression et l’exploitation étaient la norme. En témoignage on peut citer quelques faits historiques, tel l’assujettissement par les Birmans des Môns et des Arakanais, et surtout leurs atrocités contre les Thaïs à Ayudhaya. Ces événements témoin de façon conclusive des cruautés du féodalisme birman. Ces atrocités ont été si extrêmes que les peuples qui ont souffert continuent de ressentir un profond ressentiment envers le peuple birman, même de nos jours.

A cette époque beaucoup de Karens de trouvaient obligés, pour sauver leurs vies, de fuir dans les hautes montagnes et les denses jungles où les communications et les moyens de subsistance étaient extrêmement difficile et les maladies étaient répandues. Nous étions ainsi coupés de tout progrès, de la civilisation et du reste du monde, et peu à peu nous étions réduits à l’état de tribus de montagnards arriérés. Les autres Karens sont devenus esclaves, obligés de faire des travaux forcés et traités cruellement.

Quand les Britanniques ont occupé la Birmanie, les conditions de vie des Karens se sont améliorées peu à peu. Grâce à l’introduction du droit et de l’ordre par l’autorité coloniale, les Karens ont commencé à gagner de quoi vivre sans empêchement, et nous avons pu aller à l’école pour être éduqués. Ceci rendait furieux les Birmans - de voir les Karens, qu’ils méprisaient, être traités sur un pied d’égalité par les Britanniques. Le progrès du peuple karen était rapide dans presque tous les domaines, et au début du XX siècle ils étaient en avance sur les autres ethnies à beaucoup d’égards, surtout dans l’éducation, l’athlétisme et la musique. On peut dire que les Karens ont eu une période de respiration sous le régime britannique.

En 1942, les Japonais ont envahi la Birmanie, aidé par l’Armée de l’Indépendance de la Birmanie (la BIA) qui les a amenés dans le pays. Les troupes de la BIA ont profité pleinement de la situation en prétextant que les Karens étaient des espions et des marionnettes des Britanniques, et donc étaient des ennemis des Japonais et des Birmans. Aidés par les Japonais ils ont commencé à attaquer les villages karens, avec pour but d’effacer toute la population karen ; ce qui ressemblait au programme de génocide poursuivi par les nazis contre les juifs. Dans beaucoup de districts on a arrêté, torturé et tué des Karens. Nos femmes étaient violées et tuées, nos biens confisqués, nos maisons brûlées. Notre situation était tellement insupportable que nous nous sommes défendus avec suffisamment de férocité pour que le gouvernement japonais y prête attention, qu’il serve de médiateur et qu’il contrôle quelque peu la situation.

La Période Après la 2ème Guerre Mondiale

Demande d’un Etat Karen, des Tensions et des Conflits Armés

L’expérience amère des Karens en Birmanie à travers notre histoire, et surtout pendant la 2ème Guerre Mondiale, nous a enseigné une leçon. Elle nous a fait comprendre qu’en tant que nation, si nous n’avons pas le contrôle de notre propre état, nous n’aurons jamais une existence paisible, libre de la persécution et de l’oppression. On ne nous permettra jamais de travailler dur pour nous développer et pour prospérer.

Peu de temps après la 2ème Guerre Mondiale, toutes les nations sous domination coloniale ressentaient des aspirations d’indépendance. Les Karens ont envoyé une Mission de Bonne Volonté en Angleterre en août 1946 pour informer le gouvernement et le peuple britannique du point de vue des Karens. Mais la réponse du gouvernement travailliste était « de nous ranger du coté de la Birmanie ». Nous avons profondément regretté cette décision, parce que - c’était prévisible et on peut le voir aujourd’hui - c’était un geste totalement contraire à notre droit d’autodétermination et il nous condamnait à une continuation de l’oppression. C’est très difficile pour les Karens et les Birmans, deux peuples avec des points de vue, des attitudes, des mentalités fondamentalement opposés de travailler ensemble.

Cependant les différences de nature et de mentalité ne sont pas la raison principale que nous refusons de nous mettre ensemble avec les Birmans. Il existe des raisons plus importantes pour que nous insistions sur notre propre état au sein d’une vraie Union Fédérale.

Nous sommes conscients que la tactique d’anéantissement, d’absorption et d’assimilation pratiquée contre toutes les autres nationalités par les dirigeants birmans sera continuée par le Birman à l’avenir aussi longtemps qu’il dispose du pouvoir. Nous nous rappelons qu’aux accords d’indépendance d’après-guerre, Aung San - Atlee et Nu - Atlee, il n’y avait aucun représentant karen ni dans l’une ni dans l’autre des délégations, et on n’a nulle part cherché le point de vue karen. Le plus que les Birmans nous permettaient c’était un pseudo-état karen entièrement dominé par les Birmans. Dans ce genre d’état karen, nous devons vivre dans une peur permanente de leurs abus cruels et de leurs pouvoirs sur nous. Le 4 janvier 1948, les Britanniques ont donné à la Birmanie son indépendance. Les Karens ont continué à demander au gouvernement birman, sans violence et par voie démocratique, leur autodétermination. L’état karen que l’on demandait comprenait la division d’Irrawaddy, le district d’Insein, et la sous-division de Nyaunglebin, des régions où se trouvait la plupart de la population karen. Mais au lieu de chercher un compromis, le gouvernement et la presse birmanes ont agité le peuple birman afin de créer des affrontements entre eux et les Karens. Ils prétendaient aussi que ce n’était pas l’ensemble des Karens qui voulait son propre état, mais seulement une poignée de laquais des Britanniques qui cherchait à torpiller l’Union de la Birmanie.

Afin de contrer ces accusations et de montrer au monde que c’était le désir du peuple karen dans son ensemble de posséder son propre état, une manifestation paisible des Karens de partout dans le pays a été organisée le 11 février 1948 où 400.000 personnes ont participé. Les pancartes portées par les manifestants affichaient quatre demandes :

-  Donnez-nous un état karen tout de suite.
-  Montrez au Birman un kyat, et au Karen un kyat.
-  Nous ne voulons pas des frictions communales.
-  Nous ne voulons pas de la guerre civile.

Les demandes exprimées lors de cette énorme manifestation étaient dans leur essence les trois slogans des colonies britanniques après la 2ème Guerre Mondiale : Liberté, Egalité, et Paix. Nous nous sommes conformés au processus démocratique et légal en formulant notre demande d’un état karen.

Quelques mois après l’indépendance de la Birmanie, une suite de désertions et de révoltes au sein de l’AFPFL a créé un grave problème pour U Nu, le Premier ministre. La révolte du Parti Communiste Drapeau Rouge en 1947, et puis du Parti Communiste de la Birmanie en mars 1948, de l’Organisation des Volontaires du Peuple en juin 1948, et les mutineries du 1er bataillon des Fusiliers Birmans cantonnés à Thayetmyo et du 3ème bataillon des Fusiliers à Mingladon, Rangoon, le 15 août 1948, ont incité U Nu à contacter les dirigeants karens pour leur demander de soutenir le gouvernement. Il leur chargeait de prendre en main la défense de Rangoon pour le sauver du péril. Les Karens n’ont pas cherché à profiter de cette situation, mais se sont pliés sans dispute aux demandes d’U Nu et l’ont aidé à sortir de l’impasse. Le KNDO (Organisation de Défense Nationale Karen), formellement reconnu par le gouvernement birman, a été placé à des points stratégiques et sur toutes les routes et voies qui menaient à Rangoon. Pendant des mois, le KNDO a fidèlement pris en charge la sécurité du capital.

Le KNDO s’est vu attribuer plusieurs tâches en formant un anneau extérieur de défense, principalement à Hlegu et à Twante. La plus importante était la prise de Twante, la clef fluviale aux villes du Delta et de la Haute Birmanie. Cette petite ville est tombée à plusieurs reprises aux mains communistes. Chaque fois elle a été reprise par les troupes régulières, pour retomber ensuite aux mains rebelles dès que son contrôle était confié une fois de plus à l’administration civile et la police. Finalement, une unité KNDO sous le commandement de Bo Toe et de Bo Aung Min a reçu l’ordre de reprendre Twante, encore une fois tenu par les communistes Drapeau Rouge. Ils ont réussi sans aucun soutien de l’armée régulière sauf l’approvisionnement en transport fluvial. Après avoir capturé la ville, ils l’ont protégé en conformité avec leurs ordres.

Les deux bataillons de Fusiliers Birmans en révolte marchaient vers le sud, sans rencontrer aucune opposition avant d’arriver au pont de Kyungale, près de la ville de Let-pa-dan où ils ont été stoppés par une unité de Karen UMP (Police Militaire de l’Union). Leur camion de munitions a été atteint de plein fouet par le tir des mortiers des Karen UMP et a sauté. Les mutinés se sont retirés après avoir subi de lourdes pertes.

Mais même au cours de ces événements, le gouvernement birman, dépourvu de toute reconnaissance, se précipitait à soulever une force armée dans le but de déclencher une offensive à outrance destinée à briser les Karens. Dès décembre 1948 on avait arrêté les dirigeants karens dans beaucoup de régions. On a désarmé et mis en prison les effectifs karens dans les forces armées de la Birmanie. Le Général Smith Dun, le commandant en chef de l’armée birmane a été contraint de démissionner. Beaucoup de villages karens ont été attaqués, les hommes fusillés, les femmes violées, les biens volés et les maisons brûlées. Le 30 janvier 1949, le gouvernement birman a déclaré illégal le KNDO. De bonne heure le matin du 31 janvier, les troupes birmanes ont attaqué le quartier-général du KNDO, situé dans une ville à 16 km au nord de là où habitaient la plupart des dirigeants karens. Les Karens n’avaient pas d’autre solution que de se défendre. On a donné l’ordre à tous les Karens, où qu’ils se trouvaient, de prendre ce qu’ils pouvaient trouver comme armes et de se battre pour leur vie, pour leur honneur, et pour Kawthoolei, leur état karen si longtemps rêvé.

Quand nous nous sommes soulevés, nous avons obtenu des grands succès et occupés beaucoup de villes. Mais peu après nous avons subi des revers militaires, puisque nous n’avions pas préparé une révolution et donc ne disposions pas de réserves d’armes et de munitions. Sur beaucoup de fronts nous nous trouvions contraints de battre en retraite, permettant ainsi aux troupes birmanes de réoccuper ces régions. Notre situation est devenue plus précaire à cause de l’appel fait par le gouvernement birman aux factions birmanes jusqu’alors en révolte de s’unir contre les Karens. Ces groupes birmans voyaient les Karens comme le plus grand obstacle à leur prise du pouvoir exclusif et ils ont donc fait cause commune avec le gouvernement birman pour se battre contre nous. Par conséquent, les Karens se trouvaient en lutte contre toutes les factions armées du pays.

La Situation Actuelle [1992]

Les Karens sous des Régimes Birmans Successifs et les Régions Libérées

Sous la domination birmane, les Karens sont opprimés politiquement, économiquement et dans l’éducation. Les écoles et institutions karens ont été prises de force et on les a détruit dans beaucoup de cas. Nous ne sommes pas autorisés à étudier notre propre langue dans les écoles birmanes. Beaucoup de journaux et d’oeuvres littéraires karens ont été supprimés. Quant à l’économie, nos champs et nos parcelles de terre ont été confisquées et nationalisées. Maintenant nous devons travailler dur toute l’année et vendre notre production au gouvernement birman à des prix qui ont été fixés par eux de façon à nous laisser peu de choses. Et quant à notre vie culturelle, ils ont essayé de faire disparaître notre langue, notre littérature, nos traditions et nos coutumes. On nous a interdit des droits politiques. Sur le plan militaire, notre peuple a été systématiquement exterminé, politique faisant partie d’un dessein birman d’anéantissement, d’absorption et d’assimilation. Notre niveau d’éducation et notre niveau de vie ont chuté, pour tomber loin derrière les Birmans à tous égards. Leur acharnement et leurs actions contre nous sont aussi fort, ou même plus fort, de nos jours que de par le passé.

Depuis les années 60, leur plan d’attaque s’appelle « l’Opération des Quatre Coupes ». Par cela entendre : couper nos provisions, couper le contact entre le peuple et les membres de la Karen National Union, couper nos ressources financières, et finalement trancher les têtes des membres de la KNU. Pour s’assurer du succès de l’Opération des Quatre Coupes, les troupes birmanes ont recours à des mesures extrêmes. Ils détruisent les champs cultivés par les villageois et ils mangent leurs récoltes et leur bétail. Ils emportent les choses dont ils ont envie, et ce qu’ils ne peuvent emporter ils le détruisent. Les soldats birmans prennent comme prisonniers les villageois, femmes et adolescents compris, pour les obliger à transporter des lourdes charges. Beaucoup de villageois ont été forcés de travailler comme porteurs pendant plusieurs mois de suite. Ils sont délibérément privés de nourriture, régulièrement battus, violés ou assassinés. Quand les soldats birmans entrent dans un village, ils tirent sur les habitants qui essayent de s’évader. Et puis des personnes sont accusées d’aider la KNU et sont tuées. Dans certains districts les habitants ont été forcés à abandonner leurs villages et ont été déplacés dans des camps à quelque distance. Ils ne peuvent sortir de ces camps sans la permission des gardiens birmans. Les villageois qui restent chez eux sont abattus sans formalité par les soldats birmans.

Des circonstances telles que ci-dessus énumérées, et parfois pire, se produisent incessamment et font que beaucoup de Karens et de Shans qui habitent Kawthoolei quittent leurs villages pour se réfugier le long de la frontière thaï, une situation difficile pour nous car nous n’avons pas assez d’argent pour subvenir aux besoins de ces réfugiés. Malgré ces difficultés, nous sommes décidés à faire des progrès. Bien qu’il n’y ait pas de fin en vue à cette guerre, et que nous ne pouvons obtenir l’assistance d’autres pays, nous avançons autant qu’il peut se faire.

Au cours de ces quarante-trois années d’une guerre longue et pénible, nous avons vu beaucoup de développement dans notre révolution. La ferme résolution de nos combattants et de notre peuple de se battre pour gagner s’est accrue. Nous avons supporté les épreuves physiques et morales. Notre force s’est augmentée, et pas uniquement en effectif. Nombreux sont ceux dans nos régions occupées qui se sont ralliés à la Révolution. Beaucoup de Karens diplômés nous ont rejoints, et ont ainsi enrichi la qualité de notre révolution. Des villageois partout à travers Kawthoolei sont actifs dans des rôles de soutien, pendant que la morale, la discipline et les compétences militaires de nos forces armées se sont améliorées. Nous avons commencé à infliger des revers plus importants dans nos engagements avec l’ennemi.

La Birmanie est un pays multinational, habité aussi par les Kachins, les Arakanais, les Karennis, les Lahus, les Môns, les Pa-os, les Palaungs, les Shans, les Was et cetera. Suite à l’indépendance, ces ethnies ont elles aussi été privées de leurs droits fondamentaux à la liberté, à l’autodétermination et à la démocratie. Ainsi presque toutes les autres nationalités ont pris les armes pour se battre contre le gouvernement birman pour leur autodétermination et sont maintenant unies au sein du Front Démocratique National. Il y a en tout neuf membres du Front Démocratique National (le NDF) :

-  le Parti pour la Libération de l’Arakan (ALP)

-  le Front National Chin (CNF)

-  l’Organisation de l’Indépendance Kachin (KIO)

-  l’Union Nationale Karen (KNU)

-  le Parti du Progrès National Karenni (KNPP)

-  le Parti Terre Nouvelle Kayan (KNLP)

-  l’Organisation National Lahu (LNO)

-  le Parti Nouveau de l’Etat Môn (NMSPP)

-  l’Organisation National Wa (WNO)

Le Front Démocratique National s’est donné le but de fonder une vraie Union Fédérale, comprenant tous les états des diverses nationalités de la Birmanie, y compris un état birman, basé sur la liberté, l’égalité et le progrès social. Il a pris la décision de se battre jusqu’à la victoire et a demandé aux personnes de toutes les classes et de tout horizon à s’unir pour lutter contre la dictature militaire Ne Win - Than Shwe.

En 1988, l’oppression du régime militaire de Ne Win était devenue si fortement ressentie que même le peuple birman s’est soulevé contre lui. La réponse du régime était de massacrer des milliers de manifestants paisibles, y compris des jeunes étudiants et des moines. Ne Win n’arrivait pas quand même à les maîtriser et était obligé de démissionner, en apparence transférant le pouvoir à ses successeurs désignés, le Conseil d’Etat pour la Restauration de la Loi et de l’Ordre (SLORC), mais en réalité il restait à l’arrière plan pour tirer les ficelles. Le SLORC a promis des élections pluripartites qui ont effectivement eu lieu en 1990, mais au lieu de confier le pouvoir aux vainqueurs ils les ont persécutés et emprisonnés. Des milliers d’étudiants birmans, des moines et d’autres dissidents ont fui vers les régions contrôlées par les organisations membres du NDF. Là ils étaient accueillis et abrités par les minorités ethniques, surtout par les Karens qui ont reçu pas moins de 6.000 étudiants et d’autres dissidents, tous voulant s’organiser pour lutter contre le SLORC. Dès la fin de 1988, pour faire face à une situation qui évoluait le KNU avait pris l’initiative en proposant au NDF qu’il forme un front politique plus large comprenant un nouveau groupe, birman.

L’Union Nationale Karen (KNU)

Ses Buts, Sa Politique et Son Programme

Le deuxième congrès du KNU a eu lieu à Maw Ko, District de Nyaunglebin en juin et juillet 1956 où étaient présents les représentants de la Division du Delta, de la Division du Pegu Yomas et de la Division Orientale. Ce congrès a défini les buts politiques de la KNU qui sont toujours valables : La fondation d’un état karen qui aura le droit à l’autodétermination. La fondation d’Etats Nationaux pour toutes les nationalités, avec le droit à l’autodétermination de chacun. La fondation d’une vraie Union Fédérale où tous les états auront des droits égaux et le droit à l’autodétermination. Le KNU poursuivra une politique de Démocratie Nationale. Malgré les circonstances intérieures et extérieures, nous maintenons depuis 1950 notre état, Kawthoolei, administré par notre propre gouvernement, sous le drapeau du KNU et de l’Armée de Libération Nationale Karen, bien encadrée et disciplinée, qui étaient toutes les deux formées cette même année. Nous souhaitons Kawthoolei un état karen avec le droit à l’autodétermination. Nous essayons donc de fonder une vraie Union Fédérale, comprenant les états de toutes les nationalités de la Birmanie, y compris un état birman, sur une base de la Liberté, de l’Egalité, de l’Autodétermination et du Progrès Social.

Nous voulons que l’étendue de Kawthoolei corresponde aux régions où la population karen est majoritaire. Il sera administré selon la volonté du peuple et équitablement aux yeux du pays et du monde. La politique de l’Union Nationale Karen, c’est la Démocratie Nationale. Elle reconnaît pleinement et encourage la propriété privée, et accueille les investissements étrangers. Tous les habitants de Kawthoolei auront des droits démocratiques, politiques, économiques, sociaux et culturels. La liberté et l’égalité de toutes les religions sont garanties. Kawthoolei maintiendra des relations amicales avec tous les autres états et tous les autres pays sur la base du respect mutuel, de la paix et de la prospérité. Kawthoolei ne permettra jamais ni la culture ni le raffinement de l’opium ni la vente et le transport sur son territoire des drogues narcotiques.

Nos Croyances et Notre Détermination

Pour nous, l’indépendance que la Birmanie a obtenue en 1948 n’est qu’une domination de toutes les autres nationalités en Birmanie par les Birmans. La prise d’armes par presque toutes les nationalités contre le gouvernement birman au pouvoir est la preuve que, bien que la Birmanie ait obtenu son indépendance, ce n’est que le Birman qui en a profité et qu’il a subjugué les autres nationalités. Le State Law and Order Restoration Council (SLORC) dirigé par le Général Than Shwe ne résoudra jamais et ne peut jamais résoudre les conflits et les crises dans le pays.

La Révolution Karen est bien plus qu’une lutte pour la survie contre l’oppression nationale, l’assujettissement, l’exploitation et la domination du peuple karen par les dirigeants birmans. Il a pour but une vraie Union Fédérale comprenant tous les états des nationalités sur un pied d’égalité et d’autodétermination. Dans notre marche vers nos objectifs nous maintiendrons les quatre principes énoncés par notre chef bien-aimé, notre regretté Saw Ba U Gyi :

Pour nous, la reddition est hors de question.

La reconnaissance de l’état karen doit être réalisée.

Nous garderons nos armes.

Nous déciderons de notre propre destin politique.

Nous croyons fermement à la Charte des Nations Unies, à ses Déclarations sur les Droits de l’Homme, au principe de l’Autodétermination et des Droits Démocratiques des peuples - causes pour lesquelles nous nous battons.

La guerre peut durer longtemps, être dure et cruelle, mais nous sommes prêts à toute éventualité. Il vaut mieux mourir au combat que de vivre en esclavage. Mais nous croyons sincèrement que nous survivrons et que nous serons victorieux, car notre cause est juste et vertueuse, et sûrement une tyrannie aussi méprisée que le régime birman doit tomber un jour.





Sources : http://apa.online.free.fr/article.php3?id_article=997