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Chronologie des luttes anti-carcérales (principalement) en France de 1971 à 1989



Le mouvement anti-carcéral ne date pas d’hier et ne s’arrêtera pas demain. C’est une composante du mouvement général de lutte pour un autre monde, une résistance à l’oppression. Son expression se développe en un courant d’idées et d’actes qui imprègnent les mœurs et transforment les mentalités. Collective ou individuelle, la lutte clandestine ou légale a pris différentes formes en fonction de la situation, des possibilités, des énergies, du rapport de force, de la prise de conscience et de l’analyse de chacun.

A l’intérieur des camps d’internement, les rapports sont plus exacerbés, la confrontation est souvent plus dure, automutilation, grève de la faim, refus des plateaux-repas, occupation des cours de promenade, prises d’otages, mutineries... La révolte se paie cher. Le suicide est souvent l’ultime évasion.

A l’extérieur, ses formes d’expression et de sensibilation se sont avérées et demeurent multiples. Groupes d’études, de réflexion, spécifiques ou non à la prison, de soutien à des amis ou des camarades incarcérés... Tracts, affiches, bombages, banderoles, revues, émissions radio et actions diverses de propagande par le fait.

L’histoire du mouvement anti-carcéral est à écrire pour plusieurs raisons.
- Parce qu’elle est riche d’enseignements notamment à partir des années soixante-dix où la prison redevient un sujet brûlant (multiplication des révoltes à l’intérieur et à l’extérieur des interventions posant concrètement le problème de l’enfermement) ;
- pour relater les différents combats menés par les individus ou groupes ;
- pour en permettre l’analyse ;
- pour s’interroger et comprendre aussi pourquoi cette idée généreuse d’un « monde sans prisons » n’est exprimée que par une minorité de citoyens. Ne pas nier que souvent nos maladresses, nos sectarismes, les querelles intergroupes n’ont pas contribué à un plus large investissement d’individus dans ce combat et que l’idée se répande dans la population.

Fin janvier 1971 à Paris, quelques roquettes artisanales et des pétards sont tirés contre les murs de la prison de la Santé, en soutien à la grève de la faim des membres de la G.P. (Gauche Prolétarienne) et de V.L.R. (Vive la Révolution). Un communiqué sera diffusé en direction des prisonniers grâce à un magnétophone. Action revendiquée par la N.R.P. (Nouvelle Résistance Populaire). Cette forme d’action, au cours des années soixante-dix, sera menée plusieurs fois par des groupes libertaires à Paris, Toulouse, Montpellier... en solidarité avec des amis détenus.

1.2.1971. Plusieurs militants de la Gauche Prolétarienne sont emprisonnés dont Alain Geismar ; ils font la grève de la faim pour obtenir le statut politique. Afin d’appuyer cette revendication, 2 cocktails molotov sont lancés contre les locaux de la Direction régionale pénitentiaire à Lille et provoquent un début d’incendie. Un tract signé « Mouvement de la jeunesse » a été distribué avant l’action, le texte met en accusation le ministre de la Justice « M. Pleven l’embastilleur » et réclame « le régime politique ».

15.1.74. A Paris, vers 13 h 45, attentat au palais de justice, c’est la statue de St Louis qui trinque. La tête vole en éclat. En soutien aux membres des G.A.R.I.* incarcérés et en grève de la faim pour l’obtention du statut politique, c’est le G.A.L.U.T. (Groupe Autonome Libertaire des Usagers du Tribunal) qui revendique l’action. Ne pas confondre avec Galut, juge à la cour de sûreté de l’Etat qui instruit l’affaire des G.A.R.I. D’autres actions ont été menées jusqu’à la libération des derniers membres de cette coordination en mai 1977. Mais nous y reviendrons dans un dossier plus complet sur cette époque.

Dans la nuit du 25 au 26 juillet 1974, alors que dans de nombreuses prisons les détenus organisent des révoltes qui ébranlent la machine pénitentiaire, la solidarité active s’exprimera à l’extérieur par le dépôt de charges explosives dans les locaux du syndicat CGT pénitentiaire et devant la Direction de l’administration pénitentiaire à Paris. Un mouvement qui s’intitule « les damnés de la terre » revendique dans un communiqué l’action et explique « que les attentas ne sont qu’une première réponse aux massacres légaux dans les prisons : Patrick Mirval à Fleury-Mérogis et maintenant Clairvaux et Nîmes, sans parler des suicides ». Le groupe ajoute : « Nous voulons que le gouvernement sache que nos luttes ne se limiteront plus au cadre étroit de l’administration pénitentiaire où nos camarades sont massacrés par les forces de répression lorsqu’ils se révoltent à mains nues contre les pourritures des prisons. Nos luttes seront désormais appuyées de l’extérieur d’une façon continue qui ira en s’amplifiant et jusqu’à la destruction de toutes les prisons... »

Dans la nuit de Noël 1974, un bulldozer enfonce la porte de la maison d’arrêt de Limoges et provoque l’effondrement d’une bonne partie du mur. L’engin de 130 CV, détourné d’un chantier, traverse la ville pour donner les trois ou quatre coups de bélier les plus fortement symboliques de la lutte anti-taules. Deux années plus tard, l’auteur de cette courageuse action adresse à la presse le détail de son déroulement : « Depuis plus d’un an cette pensée m’obsédait ! 1974, c’est l’année des grandes révoltes dans les prisons, l’affaire Baader, les exécutions en Espagne. J’étais décidé à tenter quelque chose (...).Tous ceux qui sont enfermés... J’ai chanté, je sais. Peut-être de vieilles chansons de la Commune. Vous savez, c’est impressionnant, tout seul, une nuit de Noël, au volant d’un bulldozer et gonflé de cette certitude (...). Je vais vers le mur. Mes tripes et l’énergie de l’engin sont une seule et même volonté. Maintenant je suis en pleine puissance et je tape comme un fou... ».

Dans la nuit du 19 au 20 mai 1976, une bouteille de gaz explose contre la porte de la maison d’arrêt de Quimper. Façon originale et opportune de souhaiter la bienvenue à Mme Dorlhac, alors secrétaire d’Etat à la condition pénitentiaire, qui allait visiter la prison le lendemain.

Dans la nuit du 8.10.77, Une bombe explose au domicile du Garde des Sceaux, Alain Peyrefitte, à Paris.

Dans la nuit du 14.10.1977, deux attentats à l’explosif contre le ministère de la justice et à l’intérieur du palais de justice à Paris. C’est trois attentats sont revendiqués par les N.A.PA.P. (Noyaux Armés Pour l’Autonomie Populaire) qui déclarent avoir « attaqué ce repaire de l’injustice pour soutenir la grève de la faim des prisonniers politiques de la Santé et de Fleury-Mérogis pour le statut politique ».

25.3/1978. Un engin explosif détruit la porte de la maison d’arrêt de Montpellier et fait voler toutes les vitres du quartier en éclats. L’opération est revendiquée par le « Groupe Autonome Libertaire ».

10.8.1978. Un autre paquet explosif est lancé contre la même maison d’arrêt. Le Groupe Autonome Libertaire explique cette fois que son but « est d’attirer l’attention de l’opinion publique sur le sort des membres des groupes autonomes détenus en Espagne, à Barcelone et Madrid, depuis janvier et février 1978. Nous exigeons leur libération ainsi que celle des libertaires incarcérés à Nîmes depuis juillet 1978 ».

7.11.1978. Cinq charges de plastic, de dix kilos chacune, explosent causant d’importants dégâts à la maison d’arrêt de Bois-d’Arcy, alors en construction. Un mirador sera détruit. L’ouverture de la prison sera retardée de plusieurs mois. « Il était une fois un groupe d’individus vivant dans une société démocratique libérale avancée », écrivent dans leurs revendications les initiateurs de l’action, « termes politiques servant à désigner un système social basé sur l’asservissement, la coercition, la punition, et ayant créé pour cela des écoles prisons, des usines prisons, des prisons prisons (...). Les individus décidèrent donc un jour de s’attaquer à l’intolérable et choisirent comme objectif ce qui leur semble être le symbole le plus représentatif de ce système, les prisons prisons... ».

Dans la nuit du 18 au 19 janvier 1979, un attentat revendiqué par les « Brigades Ouvrières Internationales » provoque un début d’incendie au palais de justice de Pau. En cette fin d’année, le refus de l’enfermement entre dans une phase offensive.

Dans la nuit du 12 au 13 novembre 1979, la porte de la maison d’arrêt de Tarbes vole en éclats sous l’effet d’une forte charge explosive. L’action est revendiquée par les « Enragés Internationalistes ». « Nous avons fait cette action à l’occasion du procès du Groupe Autonome Libertaire à Madrid, pour demander la fin du système des prisons dans le monde entier ».

Dans la même nuit, à Paris, une explosion secouait le tribunal de police, rue Feyrus. A Perpignan, c’est la porte de la maison d’arrêt qui est fortement endommagée par une charge explosive. Ces actions sont revendiquées par les « Enragés Internationalistes ».

13.3.1980. Une violente explosion endommage les locaux du Centre de formation de l’administration pénitentiaire à Paris. Un groupe intitulé « Les Combattants pour la Révolution » explique « vouloir démontrer que la réinsertion-alibi du pouvoir est une farce grossière (...). Educateurs et matons, juges et avocats doivent s’engager vis-à-vis de nous qui voulons la destruction pure et simple des prisons (...). Nous sommes effectivement solidaires de tous les prisonniers politiques reconnus comme tels ou pas, de tous ceux que la révolte conduit en prison ou qui apprennent la révolte à l’intérieur des prisons, plus particulièrement dans les Q.H.S... ».

26.5.1980. Une charge explosive provoque de gros dégâts au palais de justice de Tours. Signé « crève sa lop », un texte explique que « le palé de justis é, en éfé, le sinbol de l’oprésion spéctaculer ki regn den cet vil : lé milis (privé, municipal, otodéfens, polis et otr flic) armé son partout den le centr vil (lieu de concentracion de la marchandiz). Cela atro duré : notre prochène cibl sera un milicien... ».

25.5.1981. A Toulouse, vers 14 heures, une trentaine de personnes interviennent devant la maison d’arrêt Saint-Michel. Jour de parloir, mais aussi jour de l’investiture de Mitterrand. Bombages sur les murs de la prison : « Ouvrons les prisons », « Amnistie totale ». Un tract « Appel à l’amnistie générale » est diffusé ; son contenu est le suivant : « La droite s’en va, ladite gauche arrive. Changement de décor nous promet-on. Nous exigeons donc des nouveaux pouvoirs en place, dans un but d’apaisement, une amnistie totale de tous les prisonniers sans distinction. Nous reconnaissons à tous leurs droits à l’opposition contre l’ordre social passé, sans quoi il n’est point de “crédibilité” pour le nouveau régime ».

14.6.1981. A Paris, occupation du journal « Le matin de Paris » par une cinquantaine de personnes. Ils réclament « une amnistie totale de tous les détenus politiques relevant ou non de la cour de sûreté de l’Etat ».

19.6.1981. A Toulouse, une quarantaine de personnes du collectif « Pour une amnistie sans précédent » occupent le siège de la section du Parti Socialiste. Dans un tract, les occupants expliquent : « ...Le projet d’amnistie actuel n’intéresse que 8 % des prisonniers... Les 42 000 détenus des prisons françaises (dont 90 % sont issus des classes défavorisées) enfermés par l’ancien régime veulent bien partager l’espoir au présent... Nous n’avons rien à négocier avec le nouveau pouvoir en place, nous exigeons l’amnistie totale de tous les prisonniers sans distinction ».

Fin juin 1981. A Perpignan, dans la nuit de la Saint-Jean, un feu d’artifice est tiré devant le palais de justice. « Le Collectif Libertaire pour l’Amnistie » revendique l’intervention et « ...s’interroge plus particulièrement sur le devenir des prisonniers dits “communs”, ces éternels oubliés. Que représente pour eux l’espoir au présent ? ».

7.7.1981. A Perpignan, un tract est diffusé à des milliers d’exemplaires signé par la Fédération catalane du Parti socialiste dont une partie du contenu est le suivant : « le pouvoir exercé par la droite s’était signalé par une aggravation de la répression qui a conduit à une augmentation sans précédent du nombre des emprisonnés (de 28 000 à 42 000 en 7 ans)...Pour notre part, nous nous prononçons pour une amnistie générale des prisonniers : il serait intolérable que des dizaines de milliers de personnes soient exclues de l’immense vague d’espoir du 10 mai, confirmée le 21 juin ». Quelques jours plus tard, la Fédération catalane du PS déposera plainte contre X, pour faux et usage de faux. Elle accusera une certaine droite locale d’être à l’origine de ce faux.

9.7.1981. A Toulouse, le « Collectif pour la destruction des prisons » revendique l’enlèvement du buste de Jean Jaurès de sa stèle, square du Capitole. Dans un texte accompagné d’une photo, envoyé à différents médias, les « amis » de Jeannot s’expriment ainsi : « communiqué n° 1, mardi 7 juillet... Sous bonne escorte il a pris pension à la maison et immédiatement s’est mis en grève de la faim en solidarité avec les détenus en lutte. N’ayant rien lu dans son quotidien favori sur le mouvement et sa répression... exige la publication des revendications des prisonniers, l’arrêt des brimades, tabassages et transferts. La destruction immédiate des QHS (quartier de haute sécurité) ».

L’amnistie décrétée par les socialistes et communistes sera dérisoire (inférieur à celui d’un René Coty, voire d’un Charles de Gaulle). On replâtrera les prisons en libérant 5 000 détenus, manière d’éviter que les taules ne craquent faute de place.

23.9.1981. A Toulouse, 13 heures, les « Bombeurs Anonymes pour la Défense des Incarcérés Très Excités par Robert » (B.A.D.I.N.T.E.R.) revendiquent les bombages à l’intérieur du palais de justice : « destruction des QHS », « les juges au chômage », « libérez les taulards ». Dans un tract distribué et laissé sur place, les auteurs exigent la libération des 7 inculpés dans l’affaire de Condé-sur-Escaut, en grève de la faim depuis 30 jours pour certains d’entre eux... et ceux dont la police a elle-même reconnu le caractère politique de leur délit mais qui n’avaient pas revendiqué leur motivation face à une justice de droite... la satisfaction des détenus en lutte et la destruction des QHS.

23.9.1981. A Paris, mise à sac du salon du restaurant de la Tour d’Argent par une cinquantaine de personnes. Les auteurs « ...un des cénacles de la grande bouffe ».

24.9.1981. A Paris, incendie de cinq bureaux du Comité de probation des peines (notamment chargé de la réinsertion des détenus libérés). Le même jour, vol du glaive de la statue de Saint-Louis devant le château de Vincennes. Ces trois actions ont été revendiquées à l’AFP par le groupe « nous »... pour attirer l’attention sur le sort des 7 détenus de l’affaire de Condé-sur Escaut qui poursuivent leur grève de la faim. Nous ne les laisserons pas mourir. Nous prendrons toutes les mesures qui s’imposent dans une situation bloquée.

26.9.1981. A Toulouse, 9 heures, au centre ville, un groupe de six personnes masquées pénètre chez Germain (épicerie fine, dépositaire des produits Fauchon), certains armés d’extincteurs (remplis d’un mélange d’ammoniaque et de peinture) ont aspergé les fromages, beurres, cervelas... Dans un tract laissé sur place sous forme de télégrammes, G.E.R.M.A.I.N. (Gastronomes Écœurés Révoltés par le Manque d’Alimentation des Incarcérés Non-amnistiés) s’explique : « Pour vous bourgeois Stop - Avons décidé Stop - En soutien aux détenus en grève de la faim de supprimer Stop - votre prochain caviar dominical Stop - par quelques jets intempestifs de peinture Stop - une tornade colorée a biodégradé Stop - votre épicerie favorite. Germain. Stop - manière de rappeler à vos estomacs trop pleins, ceux vides de nos camarades Stop - libération de tous les prisonniers politiques. Suppression des QHS. Satisfaction immédiate des revendications des détenus en lutte. Arrêt des procédures d’extradition ». A Perpignan, une épicerie subira le même sort.

Dans la nuit du 29.9 au 30.9.1981, deux occupations menées par une quarantaine de personnes se réclamant du « Comité pour la libération des prisonniers politiques », l’une au siège de l’AFP, l’autre aux locaux du journal le Quotidien de Paris.

Dans la même nuit, vers 3 heures, à Carmaux (Tarn), c’est la statue de Jean Jaurès qui est détruite par une explosion. Action revendiquée par un groupe libertaire « Les Artilleurs du Grand Soir », exigeant la libération des inculpés de l’affaire Condé-sur-Escaut.

Début octobre 1981, à Paris, c’est le mannequin en cire de F. Mitterrand qui sera enlevé au Musée Grévin. Le groupe G.R.E.V.I.N. (Groupe Révolutionnaire Enragé Vindicatif Irresponsable et Nuisible) qui revendique l’enlèvement, a décidé « ...de frapper résolument au cœur de l’Etat social-démocrate » répondant « coup pour coup à la détention de prolétaires emprisonnés dans les geôles de l’Etat » et demandant la libération des prisonniers politiques.

6.10.1981. A Paris, vers 22 h 30, une trentaine de personnes se réclamant pour certains d’un « Comité unitaire pour la libération des prisonniers politiques » envahissent et occupent FR3.

Une action de solidarité marque la fin de l’année 1981. Dans la nuit du 30 au 31 décembre, une explosion détruit une partie de la façade de la maison d’arrêt de Montpellier. La porte blindée est arrachée de ses gonds, de nombreuses vitres sont brisées et deux voitures de matons sont détruites. Le B.O.U.M. revendique (pour une Bonne et Opportune Utilisation de la Mélinite). « Il faut que les matons sachent qu’ils ne bénéficient d’aucune impunité. Les prisonniers sont totalement à leur merci à l’intérieur. Nous, nous sommes à l’extérieur et nous rééquilibrons le rapport de force. Regardez ce qui s’est passé avec Robert Galland. Il a été tué dans sa cellule en 1979 par un gardien ou au moins avec sa complicité. Ce gardien travaille toujours à la prison alors que la justice connaît son nom et sait ce qu’il a fait. L’enquête officielle traîne et n’aboutit à rien. Nous ne voulons pas que les gardiens se croient autorisés à commettre ce genre de meurtres légaux. On a mis l’accent sur les morts que nous aurions pu provoquer mais qu’a-t-on fait pour éclaircir les conditions dans lesquelles entre 1977 et 1981 cinq personnes sont mortes en prison ? » « Nous n’avons rien à voir avec les charognards frustrés qui s’appellent “Comité pour l’amélioration des conditions de détention” ou d’autres. (...) Nous sommes contre toutes les prisons, qu’elles soient vieilles et sordides comme celle de Montpellier ou modernes comme celle de Nîmes. Nous ne réclamons pas la construction d’une nouvelle prison, nous sommes pour la suppression de l’univers carcéral et nous demandons en priorité la suppression des QHS. Les Socialistes avaient promis leur disparition. Maintenant, on se rend compte qu’ils veulent garder le même système. Nous ne les laisserons pas faire. On ne peut pas “humaniser” les prisons. Il faut les détruire (...). Nous ne faisons pas de distinction entre prisonniers politiques et prisonniers de droit commun... Ils sont tous des prisonniers sociaux. Nous briserons les barreaux du silence qui les enferme... ».

Fin janvier 1983, côté italien, une matonne de la prison de Rebibbia, à Rome, est enlevée par les militants du « Pouvoir prolétarien armé » et soumise à un interrogatoire à son domicile. La matonne sera exécutée. « Nous détruirons les prisons et le personnel politico-militaire qui y travaille » déclare le texte de revendication.

7.9.1983. Un colis piégé destiné à un maton de la maison d’arrêt de Rouen explose et tue sa fille. Pour le syndicat FO maton, « il est temps de prendre des mesures efficaces, tant matérielles que juridiques pour empêcher l’italianisation des professions judiciaires et policières ».

5.10.1983. Quatre matons de la prison Saint-Paul à Lyon sont tour à tour poursuivis par des inconnus circulant en voiture.

16.9.1984. Un maton de la maison d’arrêt de Vannes est agressé à la sortie du dancing par plusieurs personnes dont un ex-détenu inculpé par la suite.

29.11.1984. Les locaux parisiens du syndicat autonome du personnel pénitentiaire sont détruits à l’explosif. Dans un texte intitulé « Lettre piégée aux crapules socialistes n° 3 » et signé par le groupe Geronimo. Les auteurs déclarent s’en être pris au S.A.P.P. pour « manifester notre colère contre la politique criminelle des socialistes en matière d’extradition et pour manifester notre soutien aux prisonniers et prisonnières qui luttent contre l’avilissement de l’enfermement. Nous appelons tous les révoltés et les anarchistes à déterrer la hache de guerre. Il est grand temps. Aujourd’hui, le local des matons, rue des Moulins ».

20.6.1985. Des installations de la SNCF sont sabotées à Châtelet-en-Brie, ce qui entraînera des retards dans le trafic. Os’Cangaceiros** signe et « exige la libération des prisonniers et l’arrêt des poursuites engagées contre les mutins qui s’étaient révoltés contre leurs conditions de détention au mois de mai dernier ».

Le lendemain, des pneus, de la paille et des traverses sont incendiés sur les rails de la voie ferrée Nantes-Paris. Action revendiquée par Os’Cangaceiros.

27.6.1985. Près de Toulouse, un incendie est provoqué sur la voie Toulouse-Paris. Le G.A.R.E. (Groupe d’Appui aux Rebelles Emprisonnés) diffuse un communiqué : « Sabotage voie ferrée Saint-Joly-Toulouse. Blocage du Capitole. Soutien à la révolte des prisonniers. Remises de peine pour tous les condamnés. Libération de tous les prisonniers. Arrêt définitif des expulsions d’immigrés. Amnistie pour tous les mutins. Eté brûlant pour la France matonne ».

Dans la nuit du 29 au 30 juin, 2 compresseurs de l’imprimerie Presse Loire Océan à Saint-Herbain, qui tire des journaux parisiens, sont sabotés par les « Amis des taulards révoltés » pour protester contre la façon dont est évoquée la situation des détenus dans ces journaux.

Le même jour, le Paris-Bruxelles est stoppé par le groupe Os’Cangaceiros. Les wagons sont bombés : « Amnistie pour tous les taulards », « Arrêt des expulsions ».

Peu après, le 1er juillet 1985, les installations de la SNCF sont sabotées à Jonquières, entre Nîmes et Tarascon. « Les Hooligans du rail » revendiquent et déclarent avoir agi par « solidarité avec les détenus ».

Le 9 juillet 1985, 4 militants des « Amis des taulards » sont arrêtés et écroués à Rouen pour les diverses actions de solidarité des jours précédents contre les installations ferroviaires.

12.7.1985. A Paris, vers 6 h 30, sabotages dans le métro, le trafic a été perturbé sur les lignes 3 et 13. Des inconnus, pour manifester leur solidarité avec les détenus, ont renversé une bétonnière et de grosses bobines de câbles sur les voies. Ils ont couvert le mur de la station Bourse d’inscriptions réclamant la libération de tous les prévenus, l’arrêt des expulsions des immigrés et ont exprimé leur solidarité avec les « Hooligans du Val-de-Seine » et les « Pirates du rail » interpellés récemment à Rouen. Cette action a été signée « Ordre Noir ».

13.7.1985. « Nos amis crèvent en taule, videz les prisons » écrivent ceux qui ont incendié à Lyon le véhicule du directeur de cabinet du préfet. Le véhicule de fonction d’un colonel de l’armée de l’air est également détruit à Lyon. D’autres bombages : « Nos amis crèvent à Saint-Paul et à Saint-Joseph ». « On a la haine ». On comptabilisera une quinzaine d’actions de ce type depuis le 20 juin.

Le 15 juillet à Aurillac, une centaine de voitures du Tour de France sont endommagées par le « Comité de soutien aux taulards ».

Le 16 juillet 1985, l’atelier d’un concessionnaire-négrier en rempaillage, connu pour payer les détenus de la maison d’arrêt de Saint-Michel au lance-pierres, est détruit par un incendie à Toulouse. Les murs de l’immeuble seront bombés de diverses inscriptions : « Vive les mutins de Chaumont, Lyon et Fleury », « Comité des quatre de Rouen », action signée par Los Bandoleros.

Le 19 août 1985, Les « Amis des taulards révoltés » revendiquent le sabotage des installations de l’imprimerie Rhône Offset Presse à Lyon, en réponse « à la campagne de calomnie menée par toute la presse contre les taulards révoltés. »

2.1.1986. Le commissariat de Gennevilliers est l’objet d’un attentat, un communiqué est diffusé : « Non à la justice sectaire, non à la justice raciale et bourgeoise. L’explosion du commissariat n’est que symbolique. C’est en représailles à toutes les injustices dans les prétoires de France. Nos meilleurs vœux à tous les détenus, sans distinction de sexe, de race ou de religion. A tous les amis qui se reconnaîtront, salut ! ».

26.2.1986. Six lignes de métro sont sabotées. Action revendiquée par « Les travailleurs du négatif » « pour soutenir les détenus Courtois, Khalki et Thiolet, incarcérés à la suite de leur action au palais de justice de Nantes. Khalki est en grève de la faim depuis deux mois. »

27.4.1986. Autre action extérieure contre une prison. Une voiture contenant six grosses bouteilles de butane explose le long d’un mur de la maison d’arrêt St-Michel à Toulouse.

Première semaine du mois de juin 1986, à Chypre, l’ancien directeur de la prison centrale est tué par l’explosion de sa voiture.

18.7.1987. Des gens se revendiquant d’« Action Directe » tentent de faire exploser le véhicule d’un maton devant la prison de Montluc à Lyon et diffusent un texte : « Nous frapperons l’Etat et ses domestiques quand, où nous voudrons et nous commençons par une action symbolique contre le système répressif de l’Etat mais nous n’hésiterons pas à frapper plus durement si le régime spécial imposé à nos camarades emprisonnés continue... ».

21.7.1987. Le groupe Celliah Chandrabose, du nom du détenu mort des suites d’une grève de la faim à la prison de Fresnes, revendique l’incendie des locaux de FO à Rennes : « Non à la mort lente... Rasons toutes les prisons... » écrivent-ils sur les murs des locaux incendiés.

22.2.1988. C’est l’institut médico-légal qui est plastiqué. Action revendiquée par « Solidarité révolutionnaire Internationale ». Dans un tract laissé sur place les auteurs affirment : « Un Etat trafiquant d’armes, une société qui tire profit de la mort, ne doivent pas s’étonner des réactions au procès d’AD. Nous ne sommes pas sympathisants d’Action Directe, mais ennemis de l’ordre capitaliste et bureaucratique mondial et de sa logique de mort. Contre cette logique cannibale, à bas la torture de l’isolement, suppression des QHS. »

21.3.1988. Des textes émanant du FLNC sont adressés à plusieurs directeurs de prison afin « d’exiger des améliorations des conditions de détention et le regroupement des 43 nationalistes corses répartis dans 13 lieux de détention... ». « Au cas où il ne serait pas remédié dans les semaines qui viennent à cette situation, nos commandos se verraient contraints d’engager des actions de plus en plus dures contre le personnel de l’administration pénitentiaire... »

Début juillet 1988, deux matons sont tabassés en descendant d’un bus à Marseille.

8.7.1988. Une charge explosive fait sauter le véhicule d’un maton de la maison d’arrêt d’Ajaccio.

Dans la nuit du 9 au 10 avril 1989, le portail de la maison d’arrêt de Nîmes est « victime » d’un attentat à l’explosif. Action revendiquée au nom du Comité de Défense des commerçants et artisans dont deux membres sont à cette époque incarcérés. Le président de cette association exprimera un démenti.

*GARI (Groupe d’Action Révolutionnaire Internationaliste). Rassemblement de plusieurs groupes autonomes français et espagnols en vue d’apporter une solidarité concrète et active au mouvement révolutionnaire espagnol et plus particulièrement aux emprisonnés du MIL (Mouvement Ibérique de Libération). Apparu en mai 1974 lors de l’enlèvement du banquier B. Suarez à Paris, le GARI a eu à son actif jusqu’à son auto dissolution en août 1974 de nombreux attentats et plusieurs expropriations en France et en Belgique.

**Os Cangaceiros désignent les bandoleiros de la fin du xixe siècle qui pillent les riches fazenderos et ridiculisent la police au Brésil.

Chronologie tirée du bulletin du CRAS n° 3 - novembre 1989

Et aussi L’Envolée n° 8





Sources : http://apa.online.free.fr/article.php3?id_article=785